Transition écologique

Le concept de «transition écologique» est polysémique. Il n’existe pas de définition établie et définitive de ce terme. Au contraire, les différentes définitions reflètent bien souvent les biais et les intérêts des acteurs portant une définition du concept. Il convient donc d’établir une typologie des différentes définitions ainsi que des acteurs les proposant.  Dans une étude des discours portés par les acteurs se réclamant de la transition au Québec, Audet (2015) élabore une typologie de trois types de discours sur la transition écologique. Ces discours se distinguent quant aux solutions proposées pour modifier le rapport socio-économique à l’environnement, l’attitude vis-à-vis l’innovation technologique, etc. Pour chacun de ceux-ci, nous fournissons un exemple de proposition de transition écologique:

Transition technocentriste: Axé sur le développement des énergies propres et d’innovations technologiques. Vise une transition afin de renforcer la compétitivité de l’économie. Centré sur l’entreprise privée. Propose des adaptations réglementaires pour favoriser l’innovation et l’internalisation des coûts environnementaux, c’est-à-dire que le coût économique d’une activité reflète la dégradation environnementale induite (marché du carbone). Un exemple de ce type de discours est celui de l’économie verte (voir la définition dans le lexique). 

Transition aménagiste: Bien que susceptible de travailler en collaboration avec des intérêts corporatifs lorsque leurs intérêts convergent, la proposition aménagiste, principalement porté par des organisations non-gouvernementales et des organes locaux de gouvernance, proposent des mesures d’aménagement du territoire (transport, aménagement urbain, alimentation) susceptible d’avoir un effet à long terme sur la réduction des GES ou d’accroître la résilience des communautés devant des changements inévitables des écosystèmes. Ce discours admet que la transition signifie davantage qu’une composante technologique ou financière, mais également la qualité de vie, et fait de l’État un joueur éminent de l’aménagement, notamment en ce qui a trait aux problèmes liés à la justice socio-économique.  Optimiste de la technologie mais désirant examiner si celle-ci est bel et bien adaptée à un problème environnemental avant de l’adopter. Cherche à tisser des réseaux à partenaires multiples. Un exemple de ce type de discours est le mouvement de la transition faible en carbone (low-carbon transition). Ce discours, porté principalement par des autorités municipales, propose d’aménager les villes en vue de les adapter aux changements climatiques, en particulier dans les zones les plus à risques (environnement côtier, îlots de chaleur, etc.)

Transition écocentriste: Approche «par la base» (communautés locales, municipalités, entrepreneurs innovants), cette approche prône l’auto-organisation d’initiatives selon un principe de subsidiarité (l’échelle locale favorisée): jardinage communautaire, échange d’outils, etc. Propose des consultations publiques susceptibles de former une compréhension commune des initiatives environnementales et de rassembler les acteurs autour de celle-ci. Caractérisée par l’urgence et la nécessité d’une action radicale. Portée par des groupes tels que le réseau des Villes en transition. En situant l’humain au sein des écosystèmes, ce discours défend que la dégradation de ces-derniers entraînera nécessairement une diminution du niveau de vie au sein des sociétés. Axé sur la construction de la résilience (individuelle et collective) devant les chocs écologiques considérés comme inévitables, ses revendications peuvent dépasser un cadre socio-économique pour se joindre à un rejet de la culture dominante (accent spiritualiste, valorisation des savoirs ancestraux et autochtones). 

Un exemple de discours éco-centriste est celui des utopies écologiques. Ces utopies proposent de créer des petites communautés locales à l’extérieur du cadre social conventionnel telles que les métropoles, démocratiquement gouvernées et auto-suffisantes. La proposition de se retirer des cadres conventionnels de la gouvernance résulte du diagnostic posé par les porteurs de ces discours que la société dans son ensemble n’est pas réformable et que seule une communauté de personnes conscientisées peut agir efficacement

Source :

Audet, René (2015). La transition écologique au Québec. Discours et coalitions d’acteurs autour de trois modèles de transition, 2ème Congrès Interdisciplinaire du Développement Durable, 9 p., en ligne, https://cidd2015.sciencesconf.org/52411

Luederitz, C., Abson, D. J., Audet, R. et Lang, D. (2017). Many pathways toward sustainability: not conflict but co-learning between transition narratives, Sustainability Science, pp. 393-407, https://link.springer.com/article/10.1007/s11625-016-0414

Par Charles Guay, le 27 février 2020