Transition socioécologique

Contrairement au concept de «transition écologique» qui, dans certaines de ses variantes, ne se concentre que sur les paramètres technologiques des problèmes environnementaux, voir qui laisse dans l’ombre la question des rapports socio-économiques ou cherche à les maintenir (L’Allier, 2016: 30), celui de socio-écologie admet et cherche à dévoiler l’articulation entre écologie et socio-économie ainsi que les dimensions éthiques et politiques impliquées dans les solutions proposées aux problèmes environnementaux. Autrement dit, le concept de socio-écologie cherche à comprendre comment la dégradation environnementale résulte d’une configuration particulière de l’économie et comment elle affectera davantage certains groupes vulnérables plutôt que d’autres. De surcroît, elle pose que pour transformer notre rapport à l’environnement, il faut impérativement ré-organiser les rapports sociaux de notre économie, entendu que c’est la surproduction, la surconsommation et la trans-nationalisation des chaînes d’approvisionnement qui sont au moins partiellement responsables de la destruction de l’environnement.

La transition socio-écologique postule que l’économie capitaliste financiarisée, extractiviste et globalisée est génératrice d’inégalités entre sociétés, classes sociales, être vivants et envers l’environnement et qu’en tant que cette économie est responsable de ces inégalités, il s’agit de la remplacer pour réussir l’aménagement soutenable de l’économie. Ainsi, la transition implique une transformation qualitative importante entre deux états distincts des rapports économiques et des rapports économie-environnement. Par définition, la transition socio-écologique appelle à une transition systémique, c’est-à-dire qu’elle concerne autant les dimensions économiques, sociales, culturelles et politiques qui caractérisent actuellement nos rapports destructeurs aux écosystèmes et qu’elle vise à transformer les pratiques de tous les acteurs, y compris ceux qui ne participent pas, voir résistent, à la transition socio-écologique, en s’imposant à l’échelle de la société (Labo de l’ESS, 2020: 9).

La TSÉ est une proposition de réorientation des pratiques et structures économiques afin que celles-ci demeurent soit en-deçà, soit cesse de poursuivre leur éloignement de seuils biophysiques irréversibles. Concrètement, la TSÉ signifie une multiplication d’initiatives économiques axées sur la démocratie, l’horizontalité et la justice de sorte qu’un niveau moindre de production économique permette l’augmentation du bien-être humain par le développement de dimensions qualitatives du bien-être, par le biais de liens socio-communautaires plus forts, moins d’inégalité entre individus, des écosystèmes locaux plus sains, etc.) Autrement dit, la transition socio-écologique signifie une diminution de la dégradation environnementale provoquée par la production économique par l’intermédiaire d’une augmentation du bien-être humain axée sur le développement des dimensions qualitatives du bien-être.

La notion de transition socio-écologique se distingue de celle de développement durable. Contrairement à cette-dernière qui repose sur l’idée d’une absence de conflit fondamental entre État, société civile et entreprises privées ainsi que sur l’idée que la prise en compte combinée des enjeux sociaux, économiques et environnementaux n’implique pas nécessairement de remise en question des structures du capitalisme (consumérisme, libéralisation, etc.), le discours de la transition socio-écologique affirme au contraire que c’est par une réforme profonde des rapports sociaux que notre rapport à l’environnement se trouvera transformé.

Contrairement à une approche qui chercherait à définir de manière définitive comment fonctionne un système social, la transition socio-écologique renvoie nécessairement à une compréhension dynamique, évolutive et changeante des rapports société-économie-environnement. En effet, les rapport société-environnement sont changeants. La perte de la biodiversité, l’artificialisation des sols, etc. sont le résultat de pratiques économiques et s’est développée au cours de plusieurs années avant de se manifester. De la même manière, les problèmes sociaux induits par la transformation de notre environnement (santé humaine, appauvrissement des personnes directement dépendantes d’écosystèmes fragiles, etc.) tendent généralement à se manifester alors que les transformations environnementales sont en cours. Finalement, les connaissances liées aux impacts de la pollution et de ses interaction avec la société sont partielles et en construction. Ainsi, la TSÉ concerne une « […] complexité écosystémique qu’il s’agit d’apprivoiser. » (Laigle et Racineux et. al., 2017: 38)

En résumé, la transition socio-écologique suppose une intervention multi-niveaux et une remise en question fondamentale des manières de faire. Cette transformation est complexe, voir inédite. La transition socio-écologique représente donc une opportunité d’innovation dans les pratiques socioéconomiques (réorganisation des relations sociales) et d’innovation territoriales, c’est-à-dire dans nos rapports avec les écosystèmes à l’échelle où ces rapports se nouent. Non seulement s’adresse-t-elle aux pratiques économiques, mais elle cherche aussi à adresser le vocabulaire et les narratifs vis-à-vis l’environnement. De nouvelles définitions et narratifs ne soutiendraient-elles pas un rapport authentiquement durable à l’environnement?

Source :

L’Allier, Marie-Soleil (2016). Les entreprises de la transition écologique au Québec: caractéristiques et trajectoires, Mémoire de maîtrise, Université du Québec à Montréal, Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale, 275 p.
Le Labo de l’ESS (2020). Dynamiques collectives de transition dans les territoires, Pré-rapport, 116 p., http://www.lelabo-ess.org/pre-rapport-dynamiques-collectives-de-transiti...
Laigle, Lydie et Racineux, Nathalie (2017). Initiatives citoyennes et transition écologique: quels enjeux pour l’action publique? Commissariat Général au développement durable - Délégation au développement durable, Ministère de la transition écologique et solidaire, 78 p., https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/Thema%20-%2...

Par Charles Guay, le 2 mars 2020

 

  1. Avec Solon, on a commencé une autre ébauche de définition (voir c-dessous) : http://solon-collectif.org/transition
  2. Et le récit collectif et citoyen de la transition qu'on co-construit en ce moment : http://solon-collectif.org/recit-transition

 

RÉALISER LA TRANSITION SOCIO-ÉCOLOGIQUE La crise climatique nécessite d’opérer une transition historique. Pour ce faire, nous misons sur la force du collectif et l’action locale. Selon nous, cet effort devient un moyen de se réapproprier et d’améliorer nos milieux de vie.

AGIR ENSEMBLE ICI ET MAINTENANT Réaliser la transition, ce n’est pas seulement de réduire les gaz à effets de serre de façon efficace. Nous croyons que ça passe aussi par la construction d’une société plus solidaire et démocratique.
C’est pour ça que nous parlons de transition socio-écologique. Une transition qui valorise le partage du pouvoir et qui propose un nouveau modèle économique et social.
Nous souhaitons délaisser l’individualisme effréné pour ré-apprendre à agir collectivement dans la bienveillance, le désir et surtout la détermination.

LES DIFFÉRENTES COULEURS DE LA TRANSITION Le mouvement de la transition se compose de gens. Ils prennent soin de l’individu, de la communauté et de la nature. Loin d’être isolé-e-s, nous contribuons à ce mouvement puissant, ici au Québec et aussi avec des gens d’ailleurs dans le monde. 
La transition porte aussi différentes couleurs. Elles sont complémentaires. Accordons de l’importance à ce qui nous rassemble. On n’est pas toutes et tous d’accord, mais on peut s’inspirer et la faire, ensemble. Voir ceux et celles qui nous inspirent.

« Ne doutez jamais qu'un petit groupe de personnes peut changer le monde. En fait, c'est toujours ainsi que le monde a changé. »
Margaret Mead

Par Magalie Paquet, le 26 février 2020

Pour Jean-Marc Brûlé, la transition socio-écologique signifie d’utiliser l’impératif de transition environnementale comme levier pour opérer une transition sociale et écologique de l’économie, entendu que les problèmes écologiques sont entre autres le résultats des institutions économiques (surproduction, surconsommation, commerce international, etc.). Autrement dit, une transition socio-écologique signifie d’utiliser les limites environnementales comme indicateur autour duquel re-structurer l’organisation de l’économie. Comme le déclarait les participants à une table-ronde organisée par le TIESS au sujet de la transition socio-écologique:

« La transition écologique et sociale est un processus qui mène à un changement des modes de production, de consommation, de vie vers un partage des pouvoirs et de la richesse plus équitable. Plus largement, la transition vise une transformation du modèle de développement en construisant une société plus respectueuse, écologiquement durable, socialement équitable et économiquement viable. » — 

Source :

Table ronde organisé par le TIESS, 2017

Brûlé, J.-M. (2015). Économie sociale et solidaire: des acteurs au coeur de la transition écologique, L’Atelier, Carnet de chantier, 24 p., En ligne.

Par Charles Guay, le 2 mars 2020

  • La transition évoque une idée de passage d’un état à un autre. Selon certains, cette transition est volontaire, c’est-à-dire qu’elle est une somme d’actions, de changements et d’innovations. Pour d’autres, elle se déroule que nous le voulions ou pas, et notre pouvoir réside en notre capacité à en influencer la direction ; vers un désastre écologique, ou vers une situation d’équilibre ?
  • Les définitions sous-entendent également un changement important. On parle de refondre, de changer en profondeur des systèmes, des modèles et des modes de fonctionnement, de production et de consommation. Pour plusieurs, le terme « transition » n’évoque justement pas suffisamment l’intensité du changement nécessaire, qui doit se produire en réponse à une crise et une urgence climatique (entre autres).
  • Et qu’est-ce qui doit changer ? Bien que certains mentionnent des aspects particuliers (la consommation, la production, la pollution, les émissions de gaz à effet de serre), il est généralement considéré comme primordial d’aborder la transition comme un changement systémique. Ce sont autant les technologies, les lois, les programmes, les valeurs, les perspectives que les rapports humains qui doivent évoluer.
  • Enfin, la finalité de cette transition est l’atteinte d’un équilibre entre les besoins des humains et la capacité de notre planète à y répondre.

Source :

OVSS - Opération veille et soutien stratégique

Par Joël Nadeau, le 16 janvier 2020

"La transition écologique est une évolution vers un nouveau modèle économique et social, un modèle de développement durable qui renouvelle nos façons de consommer, de produire, de travailler, de vivre ensemble pour répondre aux grands enjeux environnementaux, ceux du changement climatique, de la rareté des ressources, de la perte accélérée de la biodiversité et de la multiplication des risques sanitaires environnementaux."

Par Maëlle Bourg, le 25 octobre 2019

La transition écologique et sociale est un processus qui mène à un changement des modes de production, de consommation, de vie vers un partage des pouvoirs et de la richesse plus équitable. Plus largement, la transition vise une transformation du modèle de développement en construisant une société plus respectueuse, écologiquement durable, socialement équitable et économiquement viable.

Source :

Compte-rendu du séminaire du 5 avril 2017 - Transfert de connaissances et partage d’expériences - http://www.tiess.ca/wp-content/uploads/2017/07/Synthe%CC%80se_VF_mise-en...

Par Joël Nadeau, le 19 novembre 2019

La transition socioécologique (sustainability transitions en anglais) est un processus de transformation en profondeur, multidimensionnel et à long terme, par lequel le système dominant se transforme en adoptant des modes de production et de consommation plus durables (Markard et al., 2012, p. 956).

Par Jerry Espada, le 8 décembre 2019

C'est un changement en profondeur, systémique, qui :

* remet en question les paradigmes actuels;

* questionne nos modes de vie, la relation des humains avec la nature et des humains entre eux;

* oblige à vivre la décroissance;

* concerne l'inclusion et la justice sociale;

* s'attaque aux disparités économiques, sociales et géographiques;

* exige un travail transversal, de tous les acteurs, parce qu'il s'agit d'un projet qu'il faut penser collectivement et mettre en action progressivement, en mode expérimentation avec de l'empathie, de la confiance et de l'audace, pour apporter de nouveaux narratifs communs et de nouveaux jeux d'équilibre.

Source :

Pass Robot - AGA TIESS - vendredi 6 décembre 2019

Par Jerry Espada, le 8 décembre 2019

Les notions de développement durable et de transition écologique renvoient à deux logiques différentes, mais complémentaires.

La notion de DÉVELOPPEMENT DURABLE est basée sur une LOGIQUE DESCENDANTE avec les 17 objectifs de développement durable de l’ONU qui construisent un cap global et international à l’horizon 2030 se déclinant en différentes feuilles de routes nationales qui ont vocation à se territorialiser.

Le concept de TRANSITION SOCIOÉCOLOGIQUE a été proposé par le Commissariat Général au Développement Durable bien qu'il soit né d’un mouvement citoyen en Angleterre, initié notamment par l’agronome Rob Hobkins. La LOGIQUE est ASCENDANTE par la co-construction de multiples chemins de transition à partir des citoyens, des associations, des entreprises, et toutes les composantes de la société civile. Il s’agit d’un PROCESSUS DE TRANSFORMATIONS de la société par le renouvellement de nos façons de consommer, de produire, de travailler, d’urbaniser, de se déplacer, mais plus largement de tous les aspects de nos modes de vie dans l’optique de répondre aux enjeux environnementaux, mais aussi sociaux afin d’articuler la lutte contre la pauvreté et celle pour le climat, la biodiversité, la préservation des ressources, le bien-être, etc. La transition socio-écologique se construit alors « de proche en proche par des expérimentations qui s’appuient sur le lien social et souvent sur des formes d’économie plus collaborative, de pair en pair, poursuivant des finalités écologiques. Ces expérimentations émanent de valeurs et d’alternatives concrètes qui se nourrissent les unes les autres pour donner sens à l’action » (CGDD, 2017, p. 6).

Par Jerry Espada, le 8 décembre 2019