Le Panier Bleu, de l'achat local au renouveau du commerce de détail

Lancé par le gouvernement Legault le 5 avril 2020, comme étant le début d’un grand mouvement d’achat local, le Panier Bleu évolue vers un grand chantier visant à réinventer le commerce de détail grâce au virage numérique.  

On se rappelle que le Panier Bleu est une plateforme numérique, non transactionnelle, financée initialement par le gouvernement (250 000$) et gérée par un organisme à but non lucratif (OBNL) dont la mission est de promouvoir les entreprises québécoises. 

Cette action gouvernementale faisait suite au mouvement d’achat local initié dès le début du confinement par des groupes citoyens, que ce soit via Facebook ou des sites spécialement créés pour la cause, comme Solution locale, mis en ligne dès le 20 mars. Les fondateurs de Solutions locales ont d’ailleurs été consultés pour aider à structurer le Panier Bleu

Pour sa stratégie, le Panier Bleu a attiré quelques grands noms du commerce de détailLe Dg est Alain Dumas, responsable de l’épicerie en ligne chez IGA et ex-vice-président du marketing et de la stratégie numérique de l’Aubainerie.  Sur le CA on trouve notamment Alexandre Taillefer (Mishmash, ex-Téo Taxi), Sylvain Prud’homme (ex-Loblaw, Sobeys, Walmart et Lowe’s Canada), Sophie Boulanger (Bonlook), Brigitte Coutu (Ricardo Médias) et Josée Perreault (BRP).  Les membres du CA ne sont pas rémunérés, confirme le gouvernement.

Si le nom de domaine a été acheté chez l’entreprise américaine GoDaddy, le site est hébergé au Québec.

Le lendemain du lancement, dès le 6 avril, plus de 1 000 entreprises étaient inscrites et les 2,7 millions de visiteurs faisait “planter” le système.  Si le gros défi pour ce genre de site est la notoriété, on peut dire que le lancement était réussi.  Malgré des ratés, comme l'incapacité de gérer autant de visiteurs, la fluidité de la recherche qui fonctionnait par ville et par type de commerce plutôt que par produit et l’absence d’industriels qui fabriquent pourtant au Québec, le projet fût plutôt bien accueill

Si le site n’est pas encore transactionnel, il pourrait le devenir

Début mai 2020, 17 500 entreprises étaient inscrites peu importe si leurs produits étaient du Québec ou non.  Or, selon Fabien Durif (directeur de l'Observatoire de la consommation responsable de l'Université du Québec à Montréal), c'est surtout la fabrication locale qui compte, le citoyen ne veut pas forcément encourager le produit québécois et l’entreprise locale de la même façon.  À l'ère de la mondialisation, il reste difficile pour les citoyens d'identifier les produits qu'ils aimeraient soutenir.  Une telle confusion (méfiance) pourrait freiner les élans d’achat local.

Début juin 2020, plusieurs commerçants du Saguenay-Lac-Saint-Jean ne parvenaient pas à évaluer les retombées directes de la plateforme sur le développement de leurs affaires et plusieurs étaient déjà équipés en numérique.  Malgré cela, le Panier Bleu recevait plus de 100 000 visites chaque semaine. 19 902 commerces y étaient inscrits, dont 4 000 (20%) n’avaient pas de visibilité numérique (site web) avant leur inscription sur Le Panier Bleu.  

Dans la foulée, 60 % des consommateurs québécois sondés par CROP ont affirmé connaître le Panier bleu et, de ce nombre, 51 % ont dit avoir augmenté leur consommation de produits québécois.  

En ce début de juin 2020, le Panier Bleu faisait ses annonces, notamment de nouvelles fonctionnalités et 8 grands chantiers de consultation.  

Parmi les nouvelles fonctionnalités, les entreprises ont désormais accès à des informations sociodémographiques sur les consommateurs dans un rayon d’un kilomètre de leur commerce. Ces données, compilées par la compagnie québécoise Anagraph, proviennent de Statistiques Canada.

La compagnie québécoise HeyDay met aussi à disposition son outil de clavardage en direct. De plus, les commerçants pourront voir le profil des gens qui viennent voir leur fiche sur Le Panier Bleu afin d’avoir une meilleure compréhension des consommateurs à proximité et de permettre de mieux opérer leur commerce.

Quant aux consommateurs, ils pourront effectuer des recherches par mots-clés, par catégorie et par localisation. Une carte interactive est désormais offerte aux usagers qui souhaitent géolocaliser les commerces locaux à proximité. 

C’est surtout l’annonce des 8 grands chantiers pour rattraper le retard numérique du commerce de détail et mieux outiller les commerçants québécois face aux géants du Web qui vole la vedette des annonces de juin. 

Ces 8 chantiers sont une étape préliminaire à une transformation majeure du commerce de détail québécois tout en permettant la pérennité du Panier Bleu.  Chaque chantier aura comme mission de réaliser un rapport. 

Les 8 rapports seront consolidés dans un rapport final qui servira de feuille de route réaliste et réalisable pour aider les commerces québécois à rivaliser avec les plus grands.  Les présidents de chantier auront des représentations régionales sur leur comité afin de permettre une diversification des opinions et une meilleure prise en compte des réalités régionales.

LES HUIT CHANTIERS

1. Capacités logistiques — présidé par Michel Girard, Président-directeur général de Drakkar Logistics 

2. Transport et livraison — présidé par Catryn Picard, Présidente et chef de la direction de Nationex  

3. Gestion de la vie privée et protection des renseignements personnels — présidé par Elisa Henry, Associée chez Borden Ladner Gervais LLP.   

4. Gestion de l’expérience consommateur et de la relation client — présidé par Nathalie Larue, Première vice-présidente Stratégie, Marketing Mouvement et Services aux particuliers chez Desjardins.   

5. Sécurité transactionnelle et paiement — présidé par Gabrielle Cournoyer, Vice-présidente, Solutions de cartes et de paiements à la Banque Nationale.  

6. Capacités technologiques de commerce numérique — à venir. 

7. Origine québécoise des produits et des commerces — présidé par Véronique Proulx, Présidente directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec. 

8. Communication marketing — présidé par Jean-Philippe Shoiry, Chef de la stratégie et cofondateur

Au fond, l’idée est de faire partir un mouvement de libération du virage numérique.  La feuille de route des 8 chantiers devrait permettre aux commerces moins numériques de le devenir un peu plus.  On se rapelle qu'ils représentaient 20% des inscrits.  Alain Dumas est cependant conscient que des investissements majeurs sont nécessaires à la transition numérique et que ce ne sont pas tous les commerçants qui peuvent se le permettre.  Peut-être les 20%?  Le gouvernement devra-t-il octroyer des subventions aux commerces les plus démunis afin qu'ils puissent prendre le virage numérique?

Le 3 juillet 2020,  21 261 commerces étaient inscrits.  Sensible à l’avertissement de Fabien Durif (directeur de l'Observatoire de la consommation responsable de l'Université du Québec à Montréal) concernant l’origine des produits des commerces québécois, le Panier Bleu a souhaité mieux définir l’achat local en créant des « teintes de bleu ». L’idée est de renseigner plus précisément les consommateurs sur la provenance des produits, selon s’ils sont entièrement fabriqués ici ou en partie. 

Au 31 août 2020, 17 371 commerces étaient inscritsLa journaliste du Quotidien faisait remarquer que ce nombre était plus élevé que le total des commerces inscrits par région.  Je l’ai testé et c’est vrai!  Quand j’additionne le nombre de commerces inscrits par région j’arrive à 14 470 au lieu de 17 371.  Mystère!

On remarque aussi qu’il y a une baisse de 21 261 (début juillet) à 17 371 ou 14 470 (fin août).  Mystère! 

Quoiqu’il en soit, pour que “l’achat local” (produits 100% québécois) devienne une habitude, la pente est longue à remonter, comme le soulignait Jean-Marc Léger, lors de sa Webconférence du 21 avril 2020 sur les nouvelles habitudes de consommation.  Le prix reste encore un déterminant majeur de l'achat.

Le pari du Panier Bleu, et donc du gouvernement, est ainsi de révolutionner le commerce de détail afin que les consommateurs achètent plus de produits québécois.  Va-t-il y parvenir? 

 

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