Quel futur pour les régions éloignées?

Le 18 septembre dernier, André Véronneau (Président du conseil d’administration de l’Institut de recherche en économie contemporaine - IREC) signait la lettre d'opinion "Régions éloignées, voir petit ou voir juste" parue dans Le Devoir.

Pour bâtir sa vision du développement régional, André Véronneau part de l'enjeu du déclin démographique des régions, déjà décrié le 23 mai 2018 dans "Cri du coeur pour valoriser les régions du Québec" et pour lequel on se rappelle cette "bombe" du 14 juillet 2019, lancée par Pierre Bernier, annonçant la fermeture de près de 200 municipalités et précisant qu'il était déjà trop tard, que le déclin était commencé.  Plusieurs élus avaient "recadré" cette sortie et, le 28 juillet 2019, Bernard Vachon (expert en ruralité québécoise) précisait que la vitalité d'une municipalité s'évalue autant par sa vie sociale, culturelle et entrepreneuriale que par un unique indice de vitalité économique seulement composé de 3 indicateurs (le nombre de personnes sur le marché du travail, le revenu médian et le taux d'accroissement annuel de population sur 5 ans). 

Bernard Vachon ajoutait qu'il voyait des tendances lourdes, favorables au développement des régions, dont : la dématérialisation d’une part croissante de l’économie, la révolution numérique, le télétravail et la quête d’une meilleure qualité de vie, alors que, de son côté, la grande ville, avec ses multiples dysfonctionnements (congestion, pollutions diverses, artificialisation, îlots de chaleur, stress, coûts élevés de l’habitation et des espaces à bureaux, environnement dégradé, insécurité…), n’apparaît plus comme le Graal de la civilisation. 

Le 9 avril 2020, Bernard Vachon poursuivait son plaidoyer en faveur d'un futur développement des régions, avec son texte "Le télétravail et sa propagation : clés de reconquête des territoires".  Le 21 mai 2020, il enfonçait le clou avec "À la reconquête des territoires", un texte dans lequel il affirme que la pandémie accélèrera l’appropriation des territoires, car 4 alliés en sont nés : le télétravail, l’importance de la qualité de vie et du cadre de vie ainsi que l’autonomie alimentaire qui se résume en une quête du “Vivre autrement”. 

Finalement, le 26 septembre 2020, Bernard Vachon était interrogé par Radio Canada sur la question "Le malheur de Montréal fera-t-il le bonheur des régions?" à laquelle plusieurs experts répondaient qu'il était encore trop tôt et pratiquement impensable de voir un véritable rééquilibrage des populations entre les grands centres et les régions éloignées, tout au plus une poursuite de la tendance de l'étalement urbain vers des régions à moins de 2 heures de Montréal comme l'Estrie. 

Fidèle à ses arguments, Bernard Vachon précisait que le télétravail est un accélérateur du mouvement déjà amorcé de déconcentration vers les territoires, car entre les dysfonctionnnements des grandes villes et l'attractivité des territoires ruraux "on arrive aujourd’hui à un contexte qui est propice à l’éclatement des grands ensembles du fait qu’on n’a plus besoin de la concentration pour un nombre croissant d’activités économiques".  En fait, on assiste a une "remise en question de l’hégémonie de l’idéologie métropolitaine et on va assister dans les prochaines années à un renforcement des villes moyennes en région et des chefs-lieux des MRC (municipalités régionales de comté), ce qui ferait de ces dernières des bassins d’activités, économiques notamment, et d’emplois".  Il conclût cependant sur un défi majeur, celui du zonage agricole qui limite les territoires ruraux dans leurs activités de développement résidentiel, commercial et industriel.  Un défi qu'il avait déjà abordé le 27 décembre 2019 dans "Zonage agricole: un regard critique pour des ajustements".  

Sur ce défi du zonage agricole, on peut se poser de grandes questions sur la recommandation "aucune perte nette de superficie de la zone agricole entre 2020 et 2030" déposée, le 16 septembre 2020, par le milieu des affaires et des écologistes du Québec, consultés afin d'inspirer le Plan gouvernemental pour une économie verte.

À ce défi du zonage agricole, on pourrait ajouter celui de l'Internet haute vitesse et du réseau cellulaire qui a encore fait rugir les élus ruraux le 23 septembre dernier (voir les commentaires), ou encore celui de l'utilisation des terres agricoles peu orientée vers l'alimentation de la population québécoise.  De grands chantiers en perspective!

Bon, ceci étant dit, revenons à la lettre d'opinion d'André Veronneau pour découvrir la stratégie de l'IREC afin de développer les régions éloignées.  Une stratégie qui devra donc s'inscrire dans une tendance forte, mais avec les défis qu'on connait, ou, dans une contre tendance qui garderait les mêmes défis.

Pour l'IREC, la stratégie des petits pas en concordance avec les réalités du milieu a bien meilleur goût qu'un grand projet coûteux à tous les 20 ans.  Pourquoi ne pas créer 20 entreprises par année pendant 20 ans (400 entreprises) dans des filières porteuses d’avenir?  Voici les actions à entreprendre pour réussir une telle stratégie :

  1. Cerner les potentiels possibles de chaque territoire et les mettre en évidence.
  2. Mettre sur pied des filières structurantes aux effets multiplicateurs (filière du lin, du sirop d’érable, de la production ovine, du maraîchage biologique, de la biomasse, des arbres fruitiers, des fermes forestières,…).  Tout en en envisageant la chaîne de valorisation au complet, les alliances possibles, les dépendances à éviter, etc.  Porter un regard attentif sur l’ensemble des étapes que suit un produit pour bien saisir la chaîne complète de son évolution du producteur au distributeur, en passant par le transformateur et ainsi assurer l’ancrage territorial le plus susceptible d’élargir la base entrepreneuriale des collectivités.
  3. Les gens du milieu doivent être les principaux acteurs, promoteurs et surtout bénéficiaires des filières envisagées. La réussite en région passe d’abord par la capacité de concertation, par la coopération entre les divers acteurs pour s’assurer d’une meilleure prise en compte du bien commun et de l’intérêt collectif du milieu. La logique du tout-au-marché ne peut mener qu’à la fermeture des régions, à la mort des communautés.
  4. Développer une vision territoriale partagée pour orienter le potentiel entrepreneurial vers les filières d’avenir et faire converger les initiatives
  5. Mettre en place un soutien terrain. L’IREC a créé, il y a deux ans, un groupe d’intervention tactique (Agrofor), agriculture, foresterie dans les régions Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et Bas-Saint-Laurent prêt à soutenir les entrepreneurs et les collectivités qui veulent s’engager dans une filière, à analyser avec eux les tenants et aboutissants de leur implication et à les situer dans l’ensemble du processus de la chaîne de valeur.

Cette stratégie rappelle un des éléments centraux du projet de Planification démocratique pour le Québec de Laurin et Dufour, paru dans "Vers un système éthique", qui, en plus d'un revenu minimum et maximum et d'une nationalisation des grandes entreprises et du système financier, proposait une intervention des communautés dans le choix des productions locales

En attendant, le ministère des Affaires municipales et de l'Habitation soutient les régions notamment avec sa Stratégie gouvernementale pour assurer l'occupation et la vitalité des territoires dans laquelle on peut découvrir les priorités stratégiques de chaque région (à partir de la page 18). 

De son côté, le ministère de l'Économie et de l'innovation s'appuie notamment sur Investissement Québec et ses comités de développement régional afin de soutenir les entreprises les plus aptent à contribuer à l'essor économique de chaque région.  Les 12 membres de chaque comité sont notamment des entrepreneurs et des acteurs locaux de développement économique.

On espère qu'il y aura une forme de convergence entre les stratégies d'occupation et de vitalité des territoires et celles d'essor économique.  Je reste sur une impression de routes parallèles entre ces deux ministères.  L'avenir me le dira.

Alors, dans ce flot informatif parfois contradictoire, quel futur pour les régions éloignées du Québec?

@crédit photo : Nicolas Pellet 

COMMENTAIRES

René Lachapelle 11 juin 2021 à 10:16

Je crois qu'il faut investir pour un "développement" (sans croissance) qui se déploie à partir des territoires vécus. Ce sont des ressources pour soutenir ces approches qu'il faut revendiquer.

 

Jerry Espada 9 juin 2021 à 16:31

Une étude européenne conclût que pour favoriser le développement régional, et encore plus là où les travailleurs sont peu qualifiés, il faut miser sur le capital social d'accointance (réseaux ouverts qui relient des groupes hétérogènes ou simplifient les relations en dehors du groupe) ce que l'on appelle aussi le développement intersectoriel ou intégré qui inclût la participation citoyenne.

Le capital social d’accointance accroît les occasions économiques, car la confiance établie dans ces réseaux permet aux gens de se fier plus facilement à des tiers, ce qui facilite l’échange d’informations et les transactions réelles. En reliant des personnes ou des groupes hétérogènes, il élargit la source et la diversité des idées qui alimentent l’innovation.
Plus de détails ci-dessous dans le bulletin "Vecteurs" du ministère de l'Économie et de l'innovation (MÉI) avec le lien vers l'étude (en anglais).
https://www.economie.gouv.qc.ca/fr/objectifs/informer/vecteurs/vecteurs-...

  •  

Jerry Espada 5 mai 2021 à 16:24

L'Irlande met en place sa stratégie "Notre avenir rural".
https://www.economie.gouv.qc.ca/fr/objectifs/informer/vecteurs/vecteurs-...

Le gouvernement irlandais s’est fixé comme objectif que 20 % des 300 000 fonctionnaires irlandais passent au travail à distance d’ici la fin de l’année.

Il envisage ainsi la création d’un réseau de plus de 400 centres de travail à distance, l’introduction d’allégements fiscaux pour les particuliers et les entreprises qui soutiennent le travail à domicile et le rajeunissement des centres-villes pour combler la fracture de longue date entre villes et campagnes. D’autres mesures comprennent un « soutien financier » pour encourager les gens à vivre dans les villes rurales et un déploiement accéléré de l’Internet haut débit.

  •  

 

Jerry Espada 26 avril 2021 à 15:05

Texte de Bernard Vachon en date du 23 avril 2021 : "Aménagement du territoire. Contrer l’étalement urbain, quelles solutions?"
https://nousblogue.ca/vachon_amenagement-du-territoire-contrer-letalemen...

Résumé sur Passerelles : https://www.passerelles.quebec/publication/2021/amenagement-du-territoir...

  •  

 

Jerry Espada 26 mars 2021 à 12:07

Sur la grande conversation nationale pour une nouvelle Politique nationale d'aménagement territorial, l'Alliance Ariane met la table avec Parlons Territoire. https://www.parlonsterritoire.com/

Pour une meilleure mobilisation de toutes les parties prenantes et développer une vision durable du territoire : un agenda et des outils.
https://www.facebook.com/AllianceARIANE/

Jerry Espada 22 mars 2021 à 14:57

Dans le même sens que l'un des précédents commentaires sur "Aménagement du territoire. Consolider le modèle multipolaire. Des exemples étrangers" de Bernard Vachon, voici un reportage de Benoît Livernoche : "Le paysage québécois pourrait-il devenir un bien commun?"
https://ici.radio-canada.ca/recit-numerique/2217/paysage-quebecois-bien-...

Au Québec, le paysage évolue au gré des volontés des propriétaires terriens, qu'ils soient gouvernementaux ou privés.

Personne ne s'occupe de l'impact des actions sur le paysage : le ministère de l'Agriculture s'occupe de l'agriculture, Hydro-Québec s'occupe de transmettre de l'énergie, le MTQ s'occupe du transport...

L'agriculture et la forêt façonnent le paysage québécois. Si on fait de l'agriculture industrielle et des coupes à blanc, on transforme le paysage.

Alors au-delà du beau et du laid, que souhaite-t-on? Harmoniser? Laissez aller? Transformer?

Bâtir un Atlas des paysages, permet à chaque MRC de mieux connaître et comprendre son paysage pour ensuite pratiquer un développement territorial en fonction des impacts souhaités, ou non souhaités, sur le paysage.

Cet outil d'aménagement permet de comprendre les usages humains, présents et passés, et leur lien avec la géographie et l'écologie. On cherche à qualifier et à comprendre comment le paysage évolue.

Le reportage vidéo "La semaine verte" épisode du 20 mars 2021 s'attarde notamment au rôle de l'agriculture pour façonner le paysage avec des cas français et suisses où les agriculteurs sont financés pour maintenir la beauté des paysages et assurer la pérennité de la biodiversité.

Au Québec, discuter de l'entretien du paysage par les agriculteurs peut paraître utopique, tellement le chemin vers un aménagement territorial harmonieux est long. On espère que l'outil "Atlas des paysages" va créer une prise de conscience municipale permettant de mieux aménager le territoire.
https://ici.radio-canada.ca/tele/la-semaine-verte/site/episodes/519793/j...

  •  

 

Jerry Espada 18 mars 2021 à 21:31

La financiarisation de l’économie entraîne une augmentation des inégalités sociales, mais elle entraîne aussi une menace sur notre potentiel agricole et sur le développement des territoires ruraux.
https://www.lapresse.ca/debats/opinions/2021-03-15/financiarisation-des-...

  •  

 

Jerry Espada 18 mars 2021 à 14:09

"Aménagement du territoire. Consolider le modèle multipolaire. Des exemples étrangers" (Bernard Vachon - sur "Nous.Bogue, le blogue de l'action collective" - https://nousblogue.ca/).

https://nousblogue.ca/system/wp-content/uploads/2021/03/Vachon_Mars_Amen...

Les préoccupations d’aménagement et de développement territorial exigent une vision transversale.

Dans ce sens, un dialogue entre le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, le ministère du Développement économique régional, le ministère des Transports et le ministère de l’Agriculture, des Pêches et de l’Alimentation apparaît incontournable.

Une vision commune quant au rôle et à l’avenir des territoires devrait être dégagée de ce dialogue.

De ce dialogue des orientations générales sont à préciser, des principes, des objectifs et un cadre normatif sont à définir afin de déterminer un ensemble de mesures dans une "Stratégie de développement territorial" permettant de confirmer et d'appuyer l'occupation et à la vitalité des territoires.

Ces mesures ne doivent pas se limiter à des aides aux entreprises et aux porteurs de projets, mais viser l’ensemble de l’écosystème du développement local et régional, englobant la formation de la main-d’œuvre, l’innovation, le partenariat, le développement de niches, de créneaux, de grappes de production, de produits à valeur ajoutée…, l’appartenance territoriale, la valorisation des patrimoines naturels et bâti, etc.

Une politique intégrée d’aménagement et de développement de l’espace aura le souci de doter les territoires des infrastructures, équipements et services publics répondant aux besoins et aux attentes des communautés inscrites dans la modernité et vivant à son rythme.

Le Québec de demain se construira avec ses métropoles, ses villes petites et moyennes et villages… et la diversité de ses régions.

  •  

 

Jerry Espada 4 mars 2021 à 9:00

La Fédération québécoise des municipalités (FQM) soulève l'enjeu des places en garderie pour le développement des régions.
https://plus.lapresse.ca/screens/ac5743f9-8cbf-4ad3-adf2-97fec6bc3ff1__7...

Le manque de places en services de garde, c’est un parent qui ne peut pas retourner au travail et c’est un chef d’entreprise que se désespère d’attirer ou de garder des employés. La situation actuelle des services de garde, c’est aussi des garderies qui ferment et des projets qui ne se réalisent pas en raison d’une bureaucratie trop lourde et extraordinairement tatillonne.

En fait, ce système devrait s’appuyer sur la confiance et la capacité des intervenants d’adapter leurs procédures d’analyse des projets pour faire en sorte de répondre aux besoins des parents et des communautés, mais c’est exactement le contraire qui caractérise son fonctionnement

 

 

Jerry Espada 15 février 2021 à 6:13

Pour faire suite aux commentaires précédents sur la grande conversation nationale concernant une nouvelle politique d'aménagement du territoire, on se rappelle que cette consultation était rendue nécessaire à cause de la tension entre l'étalement urbain et la préservation des terres agricoles ou forestières.

Pourquoi une nouvelle stratégie d'aménagement territorial est importante?
https://plus.lapresse.ca/screens/343b35bc-17b0-46a4-b644-bb968ce88d45__7...
Le 2 février dernier, un important rapport sur l’économie mondiale du capital naturel a été dévoilé. On y a appris que si le PNB par habitant au niveau mondial a doublé entre 1992 et 2014, les bénéfices issus du capital naturel ont quant à eux chuté de 40 %. Cette étude a aussi mis en évidence que nous investissons de 4000 à 6000 milliards de dollars américains dans des politiques et programmes qui détruisent la nature, et seulement quelque 70 milliards pour la protéger.
Au Québec, 80 % des milieux humides des basses-terres du Saint-Laurent ont disparu dans les dernières décennies, et près de 20 % des espèces d’animaux vertébrés sont menacées de disparition ou susceptibles de l’être. En science, nous ne parlons plus simplement de changement climatique ou d’érosion de la biodiversité, mais d’effondrements.

Désormais, nous ne pouvons plus réfléchir le territoire comme un amalgame de secteurs d’activités ou d’intérêts à arbitrer. Nous devons adopter une approche transversale où l’intégrité du territoire et l’intérêt collectif seront placés au cœur de nos décisions.

Accélérer la transition écologique par un aménagement durable du territoire et une relance économique réfléchie; voilà ce qui devra nous motiver pour la prochaine année.

 

 

Jerry Espada 29 janvier 2021 à 15:53

Le programme de financement : Projets "Signature Innovation" (volet 3 du Fonds régions et ruralité du ministère des Affaires municipales et de l'Habitation) vise à soutenir chaque MRC dans un créneau de développement distinctif permettant de se démarquer des autres MRC.
https://www.mamh.gouv.qc.ca/developpement-territorial/fonds-et-programme...

Ce soutien financier cible spécifiquement les secteurs suivants :
- Agroalimentaire
- Jeunesse
- Immigration
- Numérique
- Espaces naturels
- Énergies vertes
- Santé
- Foresterie

En appliquant à ce programme, la MRC Brome-Missisquoi pourrait obtenir jusqu'à 305 000$ par an, pendant 5 ans, pour son projet de mobilité durable numérique. https://www.lavoixdelest.ca/actualites/mobilite-durable-brome-missisquoi...

On peut quand même se poser la question de la cohérence qu'il peut exister entre les efforts de planification régionale (plusieurs MRC) et locale (MRC et plusieurs municipalités) dans le cadre d'une distinction territoriale encouragée par ce programme Signature Innovation.

En effet, le même ministère finance aussi des projets à portée régionale via les Tables de préfets https://www.mamh.gouv.qc.ca/developpement-territorial/programmes/fonds-r..., alors que le Ministère de l'économie et de l'innovation, en collaboration avec Investissement Québec, soutient des comités de développement régional à orientation entrepreneuriale https://www.investquebec.com/quebec/fr/a-propos-de-nous/comites-de-devel...

  •  

Jerry Espada 25 janvier 2021 à 9:58

"Relance économique, il faut tenir compte des différentes réalités régionales" par des "approches territoriales ciblées".
https://theconversation.com/relance-economique-il-faut-tenir-compte-des-...

Le Plan pour une économie verte 2030 (PEV) du Québec a pour ambition d’accélérer la transition socioéconomique du Québec vers des modes de production et de consommation plus responsables sur le plan environnemental.
https://www.quebec.ca/gouv/politiques-orientations/plan-economie-verte/

Comme la nature et l’ampleur des mesures proposées auront des implications différentes selon la taille et la typologie des régions, comment s’assurer que le plan et les mesures de relance économique aient une plus grande sensibilité régionale?

Avec une population de 100 000 habitants et plus chacune, les 10 plus grandes villes du Québec n’occupent que 4 % du territoire physique habitable de la province et concentrent 48 % de sa population. Ces villes ont une longueur d’avance par rapport au reste du Québec sur presque toutes les dimensions visées par le PEV en plus d'être propices à l’expérimentation et au développement de la R&D grâce à la présence de nombreux centres de recherche et de transfert technologique.

Les 1 121 municipalités restantes occupent environ 93 % du territoire physique habitable de la province et abritent la moitié de sa population. Elles sont non seulement nombreuses, mais surtout difficiles à mettre dans un même lot parce qu’elles ont des fonctions très variées. Près d’un millier d’entre elles sont de petits centres urbains de moins de 10 000 habitants avec d’importantes superficies agricoles ou forestières. Les municipalités restantes ont entre 10 000 et 99 999 habitants et incluent des municipalités résidentielles, industrielles et mixtes. En raison de cette diversité de fonctions, elles ont des facteurs d’attractivité, des infrastructures et des capacités d’investissement très variés.

Les approches territoriales ciblées (place-based policy) font partie des pistes de solution étudiées dans plusieurs pays de l’OCDE où les disparités économiques interrégionales ne cessent de croître depuis maintenant 20 ans. Ni fondée sur des principes de « rattrapage », ni sur des principes de « quotas », une approche territoriale ciblée consiste plutôt à adapter les modalités des stratégies et des programmes, selon les besoins, les moyens et les objectifs propres à chaque région.

À titre d’exemple, une approche territoriale ciblée pourrait prendre la forme de stratégies et de programmes distincts pour les métropoles et pour les autres centres urbains de taille et de typologie différentes.
De cette façon, les métropoles pourront bénéficier d’un soutien véritablement à la hauteur de leurs ambitions en permettant à leur écosystème entrepreneurial de faire face à la concurrence internationale. Et les plus petits centres urbains, notamment les plus dynamiques d’entre eux, pourront sortir de l’ombre des métropoles, faire rayonner des modèles d’affaires différents de ce que l’on observe habituellement dans les grandes villes, et être plus attractifs pour les entreprises et la main d’œuvre grâce à une plus grande visibilité.

 

Jerry Espada 25 janvier 2021 à 9:43

Cet article "Vers un tournant rural en France?", agrémenté de plusieurs vidéos, jette un regard sur l'évolution de la ruralité française. Cette évolution ressemble à celle de la ruralité québécoise. En effet, l'évolution de la ruralité occidentale n'est qu'une conséquence du système productif international, mais aussi des aspirations sociales.
https://theconversation.com/vers-un-tournant-rural-en-france-151490?utm_...

Entre autres, la question se pose si les "exilés de l'urbain", qui préfèrent se rapprocher de leurs lieux de loisirs (en ruralité) plutôt que de travail, vont réussir à s'affranchir de la ville et rejeter tout développement rural à l'image de la ville.

Le référentiel urbain moderne a construit un monde essentiellement social, prédictif et rangé. Ses formes spatiales correspondent à des zonages, des voies de circulation rapides et de l’empilement. L’artificialité se conjugue avec la densité. L’enjeu de l’intégration de nouveaux habitants dans le rural est d’autant plus fort, qu’en plus de toucher la vie des communautés locales, il se doit de concerner ici plus encore qu’ailleurs les milieux écologiques.

L’histoire de la civilisation humaine est née dans les campagnes, premiers lieux défrichés pour faire exister le monde. La ville n’est venue que plus tard. Son efficacité a par contre repoussé la limite jusqu’à dissoudre la campagne prise entre urbanité diffuse et espace naturel. Mais face aux changements en cours, à un nouvel âge de la dispersion, la question qui se pose apparaît de plus en plus : pour quoi a-t-on encore besoin des villes ?

  •  

 

Jerry Espada 23 janvier 2021 à 11:10

Coup d’envoi de la grande conversation nationale pour une nouvelle stratégie d’aménagement territorial, ce mardi 26 janvier.

Urbanisme, habitation, milieux naturels et agricoles, patrimoine bâti, infrastructures, fiscalité, routes et transport, écoles : tout sera sur la table.

https://www.lesoleil.com/chroniques/francois-bourque/entrevue-avec-andre...’hui%3A+au+coeur+du+couvre-feu

Seize ministères et autant d’associations professionnelles, économiques et municipales ont accepté d’y participer.
Les citoyens et groupes intéressés pourront plus tard se joindre à la conversation lors de «laboratoires» et de consultations publiques.

Est-ce vraiment plus néfaste écologiquement de vivre dans une grande ville plutôt qu’en milieu rural ?

Le géographe Guillaume Faburel, auteur de : "Pour en finir avec les grandes villes" répond à la question.
https://www.goodplanet.info/2021/01/11/le-geographe-guillaume-faburel-au...

Certaines études, dont celles de l’ADEME (France), tendent à montrer que, grâce à la concentration d’activités, un citadin rejette moins de gaz à effet de serre qu’un rural qui doit utiliser plus souvent sa voiture.

Il est vrai que les bilans carbone sont à ce jour très proches entre un urbain et un rural, (...) mais regarder uniquement les taux d’émission et le bilan carbone ne répond pas à l’envergure des enjeux.

En habitant dans les campagnes cela peut aussi rapidement enclencher autre chose, en respirant l’air un peu plus pur, en foulant la terre nue, en caressant les fougères ou en aérant notre esprit. Et ce, même si on peut, un temps, être consommateur d’énergie fossile du fait de la dépendance automobile.

Il nous faut maintenant parier sur le déclic d’un désir de réattachement au vivant, sans appendices techniques et trop de dépendances économiques, afin d’amorcer un changement vertueux dans les modes de vie.

Il faut donc voir la question sous un angle différent. Quels espaces offriraient encore ce jour la possibilité de décoloniser rapidement nos imaginaires croissancistes en désurbanisant nos modes de vie urbains et ruraux?
C’est là où certaines campagnes possèdent encore des vertus, d’abord en termes d’écologie existentielle, relationnelle et spirituelle.

Dans ce sens la nouvelle chaire de recherche sur les petites et moyennes villes en transformation, réfléchira à des modèles d'aménagement du territoire propres, qui cessent d'être la réplique des modèles urbains.
https://passerelles.quebec/publication/2021/une-nouvelle-chaire-de-reche...

 

 

Jerry Espada 5 janvier 2021 à 14:08

Dans "La dynamique des territoires entre dans une nouvelle ère. Feuille de route pour une planification intégrée de l’espace habité", Bernard Vachon propose une ligne directrice permettant d'orienter et de planifier l’action publique en matière d’aménagement et de développement territorial durable.
https://nousblogue.ca/system/wp-content/uploads/2020/12/Vachon-La-dynami...

Bernard Vachon précise qu'une politique d’aménagement du territoire devrait tendre à l'équilibre des territoires par le renforcement des pôles secondaires et tertiaires en région sans ouvrir la porte à l'étalement urbain et à l’artificialisation des terres agricoles.

Une telle Politique d’aménagement devrait être au service des pouvoirs publics nationaux, régionaux et locaux, déterminés à faire de toutes les régions et municipalités du Québec des milieux de vie plus verts, plus humains, plus solidaires, plus innovants, plus dynamiques et plus accueillants.

Toute réforme d'aménagement devrait reposer sur la règle des 8 D :
1- Décentralisation.
2- Déconcentration.
3- Différenciation.
4- Déploiement.
5- Décroissance.
6- Développement local et régional.
7- Décloisement.
8- Démarche partenariale.

Dans ce sens, il propose une Politique d'aménagement durable du territoire en 5 volets :
1- La consolidation du réseau des villes petites et moyennes et villages en région.
2- Le déploiement de l’activité économique et de l’emploi en région pour un Québec redistribué.
3- Une approche et des règles spécifiques d’aménagement et d’urbanisme pour les milieux ruraux et les petites villes.
4- La poursuite des efforts pour verdir et réhumaniser les grandes villes.
5- L’obligation faite aux MRC de produire un PROJET DE TERRITOIRE.

Ces PROJETS DE TERRITOIRES mrcéens seront des documents permettant de dépasser une gestion fragmentée (Schéma d'aménagement) pour définir un véritable projet commun en cohérence avec les priorités régionales. Les projets de territoire contiendront 4 éléments :
1- un diagnostic de territoire;
2- les enjeux du développement territorial;
3- une stratégie de territoire;
4- la déclinaison d’un plan d’action qui donnera lieu à des ententes contractuelles avec les partenaires institutionnels pour la réalisation de projets spécifiques.

Dans la mise en œuvre de leur projet de territoire les MRC devront avoir accès à des PROGRAMMES NATIONAUX SPÉCIFIQUES de soutien au développement des territoires ruraux (à défaut d’une Politique nationale de la ruralité), et à un ENSEMBLE DE MESURES pour stimuler le dynamisme des villes petites et moyennes, notamment les cœurs de villes et les places de villages. Ces programmes et mesures viseront à améliorer les conditions de vie des résidents et à accroître le rôle des acteurs économiques, sociaux et culturels.

Dans cette période de relance post COVID, s’il est impératif d’adopter un programme de projets d’infrastructure, les régions devraient en être les premières bénéficiaires. Les projets retenus souscriront aux principes du développement durable, à la lutte contre les changements climatiques et à l’étalement urbain, tout en favorisant la sécurité sanitaire et l’autonomie manufacturière et alimentaire.

 

 

 

René Lachapelle 4 mars 2021 à 10:16

Et pourquoi pas une relance de la politique nationale de la ruralité qui respectait toutes ces règles déjà en plus de fournir un cadre de soutien national?

 

 

Jerry Espada 17 décembre 2020 à 11:36

"La fin de l'hypermobilité et la révolution territoriale", une conférence vidéo enregistrée (15 mn) de Gérard-François Dumont, Université de la Sorbonne (Paris), proposé par le Centre de recherche sur le développement territorial avec la présence de Marc-Urbain Proulx.
https://crdt.ca/photos-et-vid%C3%A9os/item/covid-19-une-r%C3%A9volution-...

On pourrait assister à une véritable révolution géographique (retour des territoires) grâce à trois tendances lourdes :

1- Une modification de l''organisation du travail. Ce n'est plus le domicile qui est un prolongement du lieu de travail, mais le lieu de travail qui devient un prolongement du domicile. Ainsi, un certain nombre de territoires qui semblaient loin des lieux où se créent les emplois, peuvent aujourd'hui être habités par des télétravailleur.se.s qui vont engendrer des emplois indirects.

2- On assiste aussi à une désinternationalisation (un retour des frontières) avec le développement d'économies régionales et de circuits courts (économie circulaire...) aussi créateurs d'emplois en région.

3- Finalement, on se rend compte que la mobilité n'a pas que du positif, notamment si on se place sous l'angle de la transition socioécologique.

Bien sûr, cette révolution ne sera possible que si tous les territoires ont accès à la mobilité numérique et si les gouvernements ne favorisent pas seulement financièrement et institutionnellement (centralisation des emplois de l'administration publique) leurs grandes métropoles, comme ils l'ont fait dans les 25 dernières années, afin de leur permettre d'être compétitives sur la scène mondiale dans le paradigme "globalisation, internationalisation et mondialisation" qui s'effrite, encore faut-il que ces gouvernements en prennent conscience.

Dans un monde complexe qui évolue rapidement, il faut avoir de la souplesse et ce n'est pas l'échelle nationale qui l'a. Le principe de subsidiarité doit être appliqué en laissant les décisions supérieures uniquement pour des enjeux majeurs. Dans ce contre-exemple du déploiement d'Internet haute vitesse, le gouvernement français a décentralisé son pouvoir de négociation à des territoires administratifs trop petits pour faire face aux géants de l'Internet alors qu'il garde le pouvoir de décider où sera implantée une école primaire.

Les territoires ont besoin d'être responsabilisés pour agir intelligemment, l'innovation est alors possible, permettant de voir des phénomènes de régénération, quand la population d'un territoire diminue de façon constante par une supériorité des décès sur les naissances, mais par un solde migratoire positif de personnes jeunes.

Sur le déploiement d'Internet haute vitesse au Québec : https://passerelles.quebec/publication/2020/des-elus-estriens-proposent-...

  •  

 

Jerry Espada 9 décembre 2020 à 10:14

De son côté, la MRC des Chenaux travaille à attirer de nouveaux agriculteurs autour de son projet "Les terres du possible".
https://www.facebook.com/lesterresdupossible/about

Il s'agit d'un tremplin agricole bio. Un lieu clé en main pour le démarrage d'une entreprise agricole.
Sur le site, on peut louer une parcelle certifiée bio et utiliser des infrastructures communes comme une serre chauffée, des tunnels, un espace de rangement, un système d’irrigation, une chambre froide et l'accès à de la petite machinerie.
De plus, les nouveaux agriculteurs sont accompagnés dans toutes les sphères de la création de leur entreprise ;
? Pratiques culturales
? Plan d'affaire
? Mise en marché
? Accueil et intégration en Mauricie

 

 

Jerry Espada 29 novembre 2020 à 17:06

Concernant l´enjeu du morcellement des terres agricoles et des décisions de la Commission sur de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ), cet article met le doigt sur le manque de cohérence.
https://www.latribune.ca/actualites/estrie-et-regions/morceler-ou-ne-pas...

  •  

Jerry Espada 27 novembre 2020 à 15:08

Pendant ce temps, les régions cherchent à attirer des immigrants notamment grâce au site de séduction : "Cap sur les régions - emploisenrégions.ca" .
https://emploisenregions.ca/cap-sur-les-regions/?utm_source=facebook&utm...

Ce projet regroupe les forces de trois organismes montréalais spécialisés en immigration: Promis, Collectif et Alpa.
Mandatés par le gouvernement du Québec, ces organismes accompagnent les personnes immigrantes qui désirent travailler à l’extérieur de la région de Montréal.
Pour s’assurer que les démarches d’intégration réussissent, ils comptent sur l’appui de plus de 75 partenaires répartis à travers le Québec.

 

 

Jerry Espada 26 novembre 2020 à 21:44

Aménagement territorial, 10 organisations font leurs recommandations au gouvernement.

Il faut une conversation nationale rigoureuse et d’envergure appuyée sur un portrait solide de l’état des lieux.
Les incohérences en matière d’aménagement sont la cause de problèmes répandus. L’urbanisme à la pièce demeure présent au Québec. La dépendance des municipalités aux revenus de taxe foncière, en l’absence d’alternatives de financement, y est pour beaucoup.
Les conséquences de l’étalement urbain sont connues. « Ce phénomène alourdit la congestion et le bilan carbone du Québec, « fait pression sur les terres agricoles et les milieux naturels, nuit à la mixité sociale, en plus d’engendrer des coûts importants en infrastructures publiques » (MAMH).
Le gouvernement doit être cohérent. L’autonomie alimentaire ne pourra pas se faire en continuant à dilapider des dizaines de milliers d’hectares pour des usages non agricoles comme au cours des 20 dernières années.
https://plus.lapresse.ca/screens/60c12e3d-aca2-4ce6-97db-1f00eab10376__7...

 

 

Jerry Espada 18 novembre 2020 à 16:44

Analyse de Bernard Vachon sur la position du gouvernement face à l’étalement urbain. Il se demande si le ministère des Affaires municipales prend la pleine mesure des effets néfastes de l’étalement urbain sur les terres agricoles et les coûts collectifs de ce mode de développement.
https://nousblogue.ca/vachon_politique-amenagement-strategie-developpeme...

  •  

 

Jerry Espada 16 novembre 2020 à 12:14

Raphaël Fischler, urbaniste émérite et doyen de la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal, n'est vraiment pas d'accord avec les propos de la ministre des affaires municipales et de l'habitation (voir commentaire précédent).
Pour lui, faire passer des décisions controversées (MRC de Montcalm) qui ne font qu’aggraver les problèmes (changements climatiques, énergies fossiles polluantes, milieux de vie qui défavorisent les jeunes et les aînés, perte de notre territoire agricole, etc.) pour des choix réfléchis qui reflètent des ambitions de développement régional, c’est mettre la barre bien bas. Il faudra d’autres arguments pour nous convaincre que le gouvernement veut vraiment doter le Québec d’une vision de l’aménagement pour le XXIe siècle.
https://www.lapresse.ca/debats/opinions/2020-11-05/amenagement-du-territ...

Après plusieurs recherches, la sociologue et anthropologue Myriam Simard soutient que les villes et les campagnes ne sont plus en opposition. Les deux modes de vie sont plutôt complémentaires et il y a de plus en plus de « va-et-vient » de populations entre les régions urbaines et rurales selon les étapes de la vie.
Les urbains sont séduits par des municipalités qui ont une vie culturelle riche et un esprit de communauté bien vivant. Ils sont aussi attirés par la nature ou encore par l’idée d’avoir plus de pouvoir comme citoyen. Voir des exemples d'urbains ayant migré vers les Cantons-de-l"Est, la Gaspésie et les Laurentides.
https://plus.lapresse.ca/screens/f0c414fb-a121-4b76-8cfc-a9a6f606df2e__7...

 

Jerry Espada 2 novembre 2020 à 11:51

La ministre des affaires municipales et de l'habitation signe l'article "Pour une vision renouvelée de l’aménagement du territoire".
La ministre invite notamment les représentants des milieux municipaux et les organismes intéressés par la question à prendre part à une grande conversation nationale à ce sujet pour mettre en œuvre une stratégie réfléchie, adaptée aux réalités des différentes régions du Québec et actualisée.
https://www.lapresse.ca/debats/opinions/2020-10-30/pour-une-vision-renou...

Cette "sortie" de la ministre fait suite à l'affaire "MRC de Montcalm" (Lanaudière) dans laquelle le ministère a autorisé la MRC a faire de l'étalement urbain au détriment de la zone agricole, mais pas seulement, alors que de nombreux experts, y compris d'autres ministères, dénoncent cette pratique notamment dans un contexte de réchauffement climatique et d'autonomie alimentaire.
https://www.lapresse.ca/actualites/2020-10-29/mrc-de-montcalm/1000-terra...

Comme tout n'est jamais blanc ou noir, plusieurs préfets signaient une lettre relativisant l'impact de ces "étalements urbains" tout en réorientant le débat non pas sur le dézonage, "mais plutôt dans la cohérence du développement local et du bien-être collectif de chacune des régions". https://www.fqm.ca/lettres-ouvertes/une-reflexion-et-des-discussions-qui...

L'article de la ministre intervient dans ce sens : "trop souvent on oppose les objectifs des grandes villes aux ambitions légitimes des régions et du monde rural. Il est temps de réconcilier tous les acteurs autour d’une vision nationale, commune et équilibrée. Il faut rassembler plutôt que diviser pour faire face aux défis de demain".
Pour la ministre, ces défis se résument à "développer des milieux de vie durables, dynamiques, sains et attrayants dans toutes les régions du Québec".

  •  

claude sevigny 24 octobre 2020 à 16:51

1982; nous sommes en crise économique, quand je déménage de façon permanente en région; je n'ai plus d'emploi permanent. Le fonctionnaire pour l'emploi ne comprenait pas ma volonté de vivre hors de la ville, pour lui je plongeais dans l'anonymat, dans le néant pour ne pas dire dans un endroit où les gens attendaient la mort. Je cite ses mots "vous n'avez rien à faire ici, la seule option: c'est de monter à Québec et de vous casez dans la masse". C'était la philosophie partagée dans tout le système gouvernemental. Je pensais à ce moment aux gens du JAL que j'avais rencontrés plus tôt au Témiscouata, tous fiers d'avoir contré la fermeture d'une centaine de municipalités. Est-ce que je pouvais m'attendre à une vision plus progressive? Pas évident non plus d'accorder un simple blâme aux institutions puisqu'elles sont concentrées sur l'économie. Pendant mes premières années, je jongle avec l'idée de retourner en ville pour mieux survivre ou rester à bâtir un marché, un réseau pour trouver la solution alimentaire et en même temps, advenant une solution, pour quelles raisons je m'installerais à long terme en région? Quelles sont les propositions culturelles, les possibilités de rencontres sociales? Au quotidien, je remarque comme partout ailleurs; la division natif vs non-natifs et les particularités des petites municipalités autant dans les bons que les mauvais côtés.
La création des MRC me semblait une solution alternative face au chauvinisme et au manque de concertation des villages mais force est d'admettre que l'intention n'était pas vraiment soutenue par une réelle politique d'occupation du territoire. Souvent, on se rabat sur l'implication citoyenne sans savoir d'où elle vient et surtout comment elle se manifeste. Les appels à l'action s'évaporent entre des paragraphes de surstimulation imaginaires contenues dans de volumineux rapports de chercheurs. Aujourd'hui, on considère le télétravail comme la bouée de sauvetage des régions; ça me fait penser qu'en 1982 justement, je croyais qu'à l'époque des packmans, toute personne pourrrait, peu importe son lieu de résidence, gagner sa vie dans le choix de sa profession. L'histoire nous montre une technologie qui au lieu de supprimer les frontières, a plutôt jetter les bases d'une méga économie accrochée au profit. D'un lent début, la progression technologique a explosé au tournant des années 2000, malheureusement au profit des centres urbains; plus rentables... Ce qui fait que le clivage est plus marqué entre la cité et la campagne. Quand les jeunes familles magasinent leurs lieux de vie, ils exigent un environnement technologique minimum, des services communs en éducation et loisirs. Avant même d'instaurer des politiques, ne faudrait-il pas revenir à la base et comprendre que le milieu urbain est une entité différente de la campagne, qu'une concurence économique ou une parité n'est pas viable entre les régions. Quel est le facteur le plus attirant en ces temps de pandémie pour les régions= eh oui, l'espace, la qualité de vie et une remise en questio de cette course éffrénée vers le gain économique. Pendant que plusieurs villages accumulent les déficits de population et perdent des services, il faudrait une véritable invitation à créer un style de vie différent, de repartir sur un modèle nouveau qui ne soit plus à l'image d'une civilisation en crise.

 

 

Bernard Vachon 20 octobre 2020 à 16:01

Je constate qu'il y a beaucoup de points de convergence entre la position de l'IREC et la mienne.

L'objectif est de passer d'un Québec concentré à un Québec redistribué. Ce qui suppose trois catégories d'actions:

1. La reconnaissance politique du rôle et du potentiel de développement des régions dans le processus de croissance économique du Québec;

2. La consolidation des MRC en termes d'infrastructures, d'équipements et de services publics pour rehausser leur attractivité et leurs capacités concurrentielles;

3. Adopter une politique gouvernementale de déploiement de l'activité économique, en partenariat avec les collectivités territoriales, afin que les régions se partagent une partie significative de la croissance économique et démographique du Québec et que les MRC, territoires de projets, deviennent des bassins de vie, d'activité et d'emploi à part entière.

 

 

Jerry Espada 14 octobre 2020 à 9:42

Dans le même sens que les propos de Bernard Vachon et René Lachapelle (voir les commentaires ci-dessous dans les deux entrevues exclusives DIS-MOI), voici le regard de Damien Deville (géographe et anthropologue) sur la ruralité française.

Damien Deville estime, lui-aussi, que les politiques publiques abandonnent les régions alors que plusieurs exemples d'innovations sociales démontrent que les villages ont cette capacité de forger des alternatives face aux crises sociales et écologiques.

Il croit en la fertilité des tables rondes territoriales : du politique à l’associatif, en passant par l’entrepreneuriat social et solidaire. Les petites densités de population permettent de remettre le lien au cœur de l’évolution des régions.

Pour lui, les enjeux socioéconomiques sont complexes, et l’uniformité des réponses qui y sont apportées est une douloureuse blessure, car uniformité et précarité sont souvent les deux temps d’un même processus.

L'intégralité de l'article: https://reporterre.net/Les-solutions-aux-crises-sociales-et-ecologiques-...

Par ailleurs, les villages sont plus propices à la satisfaction des besoins humains fondamentaux qui se sont effrités dans les dernières décennies. Les explications en vidéo : https://www.youtube.com/watch?feature=youtu.be&v=7cQyz1UXPM8&app=desktop

 

 

 

Jerry Espada 13 octobre 2020 à 14:56

ENTREVUE exclusive DIS-MOI avec RENÉ LACHAPPELLE

Dis-moi RENÉ, dans votre livre "Intervenir en développement des territoires" (PUQ), vous mentionnez que l'intégration territoriale est une avenue de réencastrement de toutes les dimensions du développement, permettant ainsi de mieux agir de façon socioécologique et de s'engager collectivement dans un bien-vivre ensemble.

Penses-tu que les stratégies gouvernementales actuelles répondent à ces principes?

La RÉPONSE de RENÉ LACHAPELLE

En fait, ce que nos recherches ont montré c’est que l’intégration comme horizon est un principe qui inspire les acteurs collectifs engagés en développement des territoires, mais, qu’en même temps, cette intégration demeure une « utopie réelle » pour reprendre l’expression de Wright (2017). Non pas qu’il soit impossible d’y arriver, mais simplement parce que cela reste à réaliser.

Ce qui est frappant c’est surtout que nous sommes maintenant au-delà des approches où les organismes communautaires étaient les seuls à porter la préoccupation d’un développement qui inclue les dimensions sociales et culturelles. Les élus sont maintenant présents en tant qu’acteurs de même que certaines entreprises, notamment de l’économie sociale et solidaire.

Souvent la jonction reste à faire avec les organismes dédiés à l’environnement et les entreprises privées. Malgré ces limites, la volonté d’intégration des diverses dimensions du développement des territoires progresse depuis le tournant des années 2000.

En même temps, la réponse de l’État à cette poussée ascendante pour le développement est très fortement marquée par la perspective néolibérale de laisser jouer les forces du marché. On donne aux MRC la responsabilité d’agir comme gouvernement de proximité, mais on fait disparaître la politique nationale de la ruralité, on affaiblit les centres locaux de développement, on fait disparaître le soutien des instances régionales et on réduit les budgets.

Cette stratégie des gouvernements au cours des dernières décennies a sérieusement affaibli le modèle québécois d’action concertée qui reposait, d’une part, sur la capacité d’initiative des collectivités et, d’autre part, sur un soutien des ressources publiques permettant à ces initiatives d’avoir des impacts significatifs, y compris pour l’élaboration de nouvelle politiques sociales. Que l’on pense à la création des CPE à partir des garderies développées par les groupes de femmes ou à la Loi visant à lutter contre la pauvreté ou l’exclusion sociale répondant à une large mobilisation initiée par le CAPMO (Carrefour d’animation et de participation pour un monde ouvert).
Il y a pire : la contribution la plus significative au développement des territoires a passé par la création de services publics universels. La réforme de l’éducation a ouvert l’école secondaire à toute la jeunesse, donné accès à l’éducation supérieure dans toutes les régions avec les CEGEP et le réseau de l’Université du Québec. La réforme de la santé et des services sociaux a rapproché les services des citoyens, notamment grâce aux CLSC. La reconnaissance des organismes communautaires a achevé de démocratiser l’action citoyenne.

Mais depuis deux décennies, les gouvernements se sont évertués à miner cet apport en introduisant de plus en plus de privatisation. C’est manifeste en santé et services sociaux : les CLSC ont cédé la place (et une partie de leur personnel) aux cliniques appartenant aux médecins, les ressources d’hébergement sont de plus en plus aux mains de capitaux privés, le secteur privé en éducation draine des effectifs et mine ainsi les écoles publiques soumises aux diverses méthodes d’austérité budgétaire, etc. Si on ajoute que l’on a vu au cours des dernières années les entreprises privées qui ont bénéficié largement de fonds publics pour atteindre leur taille sont souvent cédées à des capitaux étrangers, on peut penser que le soutien au développement des régions du Québec est en mauvaise posture.

On peut en dire autant des enjeux de la transition écologique : les plans verts sont bien pâles à côté de l’ampleur des enjeux. Les citoyennes et citoyens peuvent poser des gestes et développer des attitudes favorables à l’environnement, mais sans une action publique forte, ces contributions ne permettront pas d’atteindre les cibles identifiées pour inverser la dynamique de l’anthropocène, cette ère caractérisée par la destruction de son milieu de vie par l’humanité.

Je pense que le gouvernement du Québec actuel a hérité d’une situation critique pour le développement des territoires, mais qu’il ne semble pas comprendre les enjeux. Ses réponses ne permettent pas de renforcer l’action collective pour un développement territorial intégré ni les services publics pour une équité entre les territoires. C’est dramatique car les échéances auxquelles nous sommes confrontés sont à relativement court terme.

Je crois tout de même que l’action et l’intervention collectives sont assez solidement développées au Québec pour qu’il y ait de l’espoir.

https://extranet.puq.ca/media/produits/documents/3862_D5233-FP.pdf

 

 

 

André Lemieux, Ph.D. 9 octobre 2020 à 9:44

Même si les grandes tendances de l'environnement socio-économique sont favorables aux régions périphériques, ces dernières doivent offrir une synergie territoriale pouvant capter les nouvelles opportunités offertes. Il faut prendre les devants comme milieu, comme communauté locale. Il faut anticiper les opportunités et contrer les menaces.
Tout comme les dirigeant(e)s d’entreprises, les acteurs d’un milieu donné doivent anticiper les processus de mutations socio-économiques et détecter des opportunités d’affaires et des projets de territoire mobilisant les forces vives du milieu.
Par exemple, chaque territoire ou partie de territoire de MRC devrait se doter d'une cellule de veille. Une petite équipe de professionnels, d'ambassadeurs et de leaders du milieu qui, à temps plein, génère, repère, cible, valide et concrétise de nouvelles initiatives de développement.
Toutefois, la littérature note que très peu de milieu concentre leur énergie sur cette nouvelle façon de faire!
Leadership, vision, veille et prospective!

 

 

 

Jerry Espada 5 octobre 2020 à 11:20

ENTREVUE exclusive "DIS-MOI" de Passerelles avec BERNARD VACHON.

DIS-MOI BERNARD, que penses-tu de ces stratégies gouvernementales de développement régional qui semblent mettre en parallèle les enjeux et les acteurs régionaux plutôt que de les faire converger?

LA RÉPONSE DE BERNARD VACHON

Les dernières réformes territoriales accomplies sous le gouvernement Couillard, et renouvelées par le gouvernement Legault dans le cadre de la Stratégie pour assurer l'occupation et la vitalité des territoires et de la Loi du même nom, confiaient aux MRC la responsabilité du développement régional.

Pour répondre à ce mandat, les MRC de chaque région ont créé des organismes réunissant les préfets, portant le vocable de Table des préfets ou Collectif régional de développement. Ces organismes ont pour mission de favoriser le développement de la région en assurant la concertation intersectorielle entre les acteurs régionaux et locaux du territoire.

Plus spécifiquement, ces organismes ont pour mandat de promouvoir et de réaliser des projets collectifs convenus avec les MRC, de mettre en œuvre des ententes pour et au nom des MRC, d’assurer la gestion des fonds confiés par des partenaires, notamment publics (FARR, FDT), et d’offrir des services administratifs. Il y a ici un rôle déterminant des élus locaux et de leurs interactions avec les acteurs de terrain dans le processus de développement régional.

Le 18 septembre dernier, Investissement Québec, de concert avec le ministère de l'Économie et de l'Innovation (MEI), mettait sur pied des Comités de développement régional pour chacune des 17 régions administratives. Ils sont ainsi présentés : " Formés d’une douzaine de représentants, dont des gens d’affaires, des entrepreneurs et des acteurs locaux de développement économique, ces comités identifieront et recommanderont à la Société Investissement Québec des projets qui favoriseront l’essor économique régional. (...) Ces comités de développement économique régional ont pour mission de cibler les entreprises de leur région qui ont un potentiel de retombées importantes dans leur milieu et de les mettre en lien avec les experts d’Investissement Québec. Ils doivent également favoriser l’élaboration et la sélection des projets susceptibles d’accroître le développement économique de la région et les recommander à Investissement Québec. Enfin, chaque année, les comités devront proposer les priorités d’investissement pour leur région ", indique Investissement Québec.

Sept questions se posent :
1. Quel lien organique, quelle complémentarité avec les Tables des préfets ?
2. Que devient le rôle réel des élus dans le processus de développement régional ?
3. Les stratégies de développement régional et local du gouvernement se limitent-elles à la seule dimension économique ?
4. Le développement économique ne doit-il pas s'inscrire au cœur de rationalités démographiques, sociales et culturelles des régions ?
5. Quelle vision nationale du rôle et de la contribution des régions dans le développement global de la société québécoise ?
6. Où se logent les impératifs des transitions écologique, énergétique, agricole et territoriale dans la vision et les composantes de la stratégie d'Investissement Québec et du MEI ?
7. La relance économique post-pandémie doit-elle se faire en ne mobilisant que les acteurs économiques ?

Il y a urgence de consolider le climat de confiance entre l'État et les élus des collectivités territoriales et de promouvoir une forte implication de ceux-ci dans les stratégies de développement local et régional et leur mise en œuvre.

 

 

 

René Lachapelle 9 octobre 2020 à 12:08

Il ne peut pas y avoir de développement sans que les personnes et le territoire fassent partie du projet économique. Il faut en finir avec la séparation de l'économie et le bien vivre.

Commentaires

Pour consulter les commentaires ou pour commenter cette publication, vous devez vous connecter sur Passerelles ou vous inscrire.