Débat sur les logiciels libres et les plateformes coopératives entre Richard Stallman et Bastien Sibille

Un débat haut en couleur avait lieu la semaine dernière entre Richard Stallman et Bastien Sibille sur la question du logiciel libre et des plateformes coopératives. 

  • Richard Stallman est militant de longue date du mouvement du logiciel libre, inventeur de la licence GNU et de la licence copyleft, laquelle fut créée en opposition au droit d’auteur (le copyright).

  • Bastien Sibille est président et fondateur de Mobicoop, la principale plateforme coopérative de covoiturage en Europe. Bastien Sibille est engagé depuis 1999 sur les questions d’innovation sociale numérique.

La question au cœur de cet échange était celle du potentiel et des limites du logiciel libre dans la lutte contre l’influence et le pouvoir des GAFAM. La discussion qui s’en est suivie a soulevé une tension vive entre les préoccupations individuelles reliées à la liberté et l’anonymat, préoccupations chères aux tenants du logiciel libre, et la nécessité de proposer des solutions collectives aux plateformes qui se dressent en monopoles. 

D’un côté, Stallman déclare que le coopératisme de plateforme a mis de côté la question de la liberté et de l’anonymat. Il soutient que ni l’utilisation de logiciels libres ni la gouvernance démocratique ne sont nécessairement garantes du respect des droits individuels et refuse qu’un collectif lui inflige une atteinte à sa liberté. Stallman est conscient que le recours à des plateformes s’impose aujourd’hui; il suggère néanmoins de mettre en place des plateformes permettant aux utilisateurs et utilisatrices de prendre contact entre eux et elles sans que les informations relatives à cet usage ne soient envoyées à la centrale (par exemple à la coopérative) et stockées par celle-ci. 

De l’autre côté, Sibille souligne que la situation actuelle montre une logique propriétaire appliquée non seulement aux logiciels comme c’était le cas dans les années 1980, mais également aux communautés. Il faut réagir à cette appropriation privée des communautés virtuelles en proposant des alternatives collectives, qui utilisent le logiciel libre et qui laissent les individus décider collectivement quelles données sont collectées, de quelles manières et dans quels buts. Selon lui, une gouvernance démocratique permet la mise en œuvre de solutions plus pérennes que la voie strictement technique ou juridique. 

Ce débat qui fut le théâtre de grandes oppositions renvoie à une question sans cesse renouvelée, soit celle de la difficulté à préserver les aspirations et les droits des individus dans des projets collectifs. Or, nous sommes rendus à un point où les solutions individuelles ne sont plus suffisantes, quand elles ne sont pas carrément inefficaces. 

Autant le logiciel libre que le coopératisme de plateforme contribuent à mettre en place des pratiques numériques plus éthiques. La question est aujourd’hui de trouver comment ces deux approches peuvent se compléter. Ensemble, elles pourraient permettre des environnements numériques décentralisés et respectueux des droits individuels tout en répondant à l’évolution des besoins et des usages collectifs.

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