Enjeux, défis et solutions du transport en commun régional

Quand à la veille d'élections, un gouvernement annonce un programme d’aide financière ciblé, c’est qu’il y a un problème sérieux.

C’est bien ce que le Fédéral vient de faire ce 29 mars 2021 en investissant 250M$ sur 5 ans dans un fonds pour le transport en commun rural. Ce fonds ne cible pas les déplacements autour des grands centres urbains, mais dans les collectivités rurales, éloignées et de petite taille. 

Pour ces territoires, les systèmes traditionnels de transport en commun ne sont pas adaptés (comprendre : non-rentables). Le fonds visera de nouvelles formes de transport en commun comme les services à la demande, du covoiturage public avec véhicules électriques ou du covoiturage communautaire bénévole. «Il existe des exemples d’opportunités claires et je pense que nous devons être innovants» a déclaré la ministre fédérale de l’infrastructure McKenna.

C’est effectivement ce genre de projets que plusieurs territoires ruraux ont expérimenté dans les 15 dernières années, face à l'absence de transporteurs privés.

Ces territoires ont en commun le souci d’optimiser les transports existants (taxis, autobus scolaires, transport adapté…), la création de nouveaux circuits et types de transport complémentaires (covoiturage et taxi bus notamment) ainsi que la centralisation des opérations via des systèmes dits “intelligents”, comme celui lancé en Estrie en février 2020.

Les participants de l’atelier sur la mobilité durable (Forum national de l’action climatique - janvier 2021) sont allés dans ce sens en mentionnant qu’à court terme le "cocktail de transport" fait partie de la solution en région, incluant le transport à la demande (covoiturage, taxibus, autopartage…). Par contre, à long terme, le transport doit être intégré dans une vision globale de la vie en société et du développement territorial sans frontière entre les MRC et les municipalités.

C’est aussi cette vision que l’on retrouve dans le dossier 100 Degrés sur le transport collectif régional qui soulève notamment les enjeux de : 

  • faire éclater les limites administratives. Percevoir un territoire dans son ensemble facilite les déplacements;
  • rendre l’offre en transport plus souple afin d’accommoder les différents besoins des usagers;
  • travailler de concert avec les autres partenaires de la région;
  • mutualiser les efforts entre régions pour offrir des services régionaux efficaces (« les transports s’organisent par territoire, mais les déplacements ne prêtent pas attention aux territoires »).

Pour le covoiturage et l’autopartage, des plateformes coop ont été lancées en milieu urbain, certaines promettent un déploiement en région.

  • Eva Coop (Québec) est une application coopérative de covoiturage basée sur une chaîne de blocs.
  • LocoMotion (Québec) permet de partager avec ses voisin-e-s des autos, des vélos et des remorques à vélo de manière conviviale et sécuritaire.
  • Citiz (France) est un réseau d'autopartage, avec 16 000 voitures partagées dans 140 villes.
  • CoopCycle (France) est une fédération de coopératives de livraison à vélo qui permet une mutualisation de services. Fait à noter : ils ont inventé une nouvelle licence "coopyleft" pour une distribution libre de la plateforme, mais limitée aux coopératives.
  • Mobicoop (France) est un site de covoiturage libre, coopératif et sans commission.
  • Modo (Colombie-Britanique) offre des services d’autopartage à ses 19 000 membres. 
  • Ridygo (France) est un service de covoiturage courte distance, pour les trajets du quotidien tels que les trajets domicile-travail.
  • Wishare (Belgique) propose des services de partage long terme et/ou court terme sur ses voitures.

Même si les territoires ruraux parviennent parfois à s’organiser à l’interne (transport entre municipalités et intra-régionaux), le financement du transport régional reste difficile. On argumente notamment que les principaux axes de transport sont pensés seulement pour rejoindre Montréal ou Québec, laissant de côté la desserte de plusieurs municipalités de petite et moyenne importance. 

Parmi les solutions :

  • la nationalisation du service dans les principaux axes reliant les grandes villes aux régions (bien que le lien vers cet article du Journal Les Affaires soit un poisson d’avril, la proposition n’est pas absurde, parole de l’auteur que j’ai contacté); 
  • création de coopératives privées régionales de transport (comme TREQ pour le transport aérien);
  • participation accrue de Québec dans le financement du transport interurbain;
  • segmentation et interconnexion des marchés entre les hubs principaux et les hubs secondaires (encore une fois, un principe du transport aérien).

De son côté, le rapport de Transit (l'Alliance pour le financement du transport collectif au Québec) recommande au gouvernement de :

  • Rééquilibrer à 50/50 les investissements entre transports collectifs et routiers
  • Avoir des orientations claires à moyen terme sur le transport collectif
  • Donner suite au Chantier sur le financement de la mobilité en revoyant les sources de revenus pour le financement des réseaux de transport dans le contexte de stagnation des revenus de taxe sur l’essence depuis sept ans.
  • Soumettre les investissements à des critères de choix rigoureux et à un processus de planification urbaine maximisant l’utilisation des transports collectifs.

Comment peut-on régler cet enjeu alors qu’il était déjà soulevé par les deux fédérations municipales (UMQ et FQM) en 2015. Toutes les deux insistaient pour repenser le système et son financement.https://www.lesoleil.com/actualite/le-transport-collectif-interregional-. Et qu’en 2013, le CAA avait déposé un mémoire pour financer la mobilité durable dont le transport interrégional

Je n'ai pas assisté au Webinaire Assurer le financement du transport collectif du 16 avril 2021, mais il sera prochainement en ligne sur le site de la Communauté métropolitaine de Montréal. Peut-être des pistes?

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