Les "questions qui tuent" à Jean-Marc Jancovici

Président de l'associaton française The Shift Project (2010), Jean-Marc Jancovici milite en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone. Le Courier des Maires et des élus locaux l'interroge sur le rôle des municipalités dans la luttre aux changements climatiques en France. 

Les municipalités peuvent-elle orienter le gouvernement dans la bonne direction?

Les élus locaux sont indispensables pour accompagner voire initier l’action. Charge à eux de décourager aussi, parfois, les promoteurs immobliers et de lancer des débats importants. Dans tous les cas, le gouvernement et les élus locaux ne peuvent plus se contenter d'un discours de façade.  

De grandes villes déclarent l’état d’urgence climatique, ou s’engagent à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Est-ce crédible? 

Non, tant que les niveaux de consommation resteront ce qu’ils sont. 

La crise sanitaire a-t-elle été l’occasion de rectifier le tir, ou la tentation de faire redémarrer l’économie « comme avant » était-elle trop forte? 

On ne transforme pas son modèle de développement dans l’urgence. Cela dit, le « comme avant » est une impasse « physique », car dépendant de ressources épuisables (combustibles fossiles, métaux, etc). C’est pourquoi les élus locaux doivent contribuer, à leur niveau, à planifier la décarbonation. Cela implique de réfléchir sans attendre à la nature d’activités qui contribueront localement à l’économie de demain, à inciter à l’usage de vélos ou de petites voitures via la voirie et les ouvrages pour stationnement, etc.

Les décideurs locaux en ont-ils seulement les capacités?

Faute de formation et de ressources internes, une très grande majorité des élus ne disposent pas du niveau de connaissances suffisant, anticiper cette contrainte et apprendre à gérer avec « moins », à diminuer notre dépendance aux énergies fossiles. 

Signe de leur bonne volonté, plusieurs municipalités verdissent leurs budgets.

Mieux vaut raisonner « à l’envers » : scénariser ce qui reste localement possible dans un monde où les émissions baissent de 5% par an (l'impact de la crise en 2020). Quelles activités économiques sont encore possibles dans ce monde? De quelles compétences et formations a-t-on besoin? Quels modes de déplacement restent possibles? Répondre à ces différentes questions permet ensuite de mettre les budgets en cohérence.

Vous ne croyez pas davantage à la portée du vernis « participatif », « durable », « propre » ou « intelligent » ajouté à la va-vite par les municipalités à leurs projets qui sommeillaient au fond de leurs cartons?

On reconnaît une tentative de « green-washing » à sa propension à utiliser des notions sans contenus normatifs, empêchant toute évaluation. Faute de définition précise, ces projets s’inscrivent souvent dans la continuité de ce qui se fait déjà, à quelques aménagements marginaux près. 

Les municipalités ne devraient-elles pas commencer par faire partager l’enjeu de la transition écologique au plus grand nombre, localement?

Elles devraient profiter de leur proximité pour informer correctement sur le défi à relever, rendre la population apte à accepter des mesures sérieuses en lien avec les décideurs nationaux. Les processus qui impliquent fortement les citoyens sont déterminante pour les résultats.

Une large partie des citoyens a compris que des changements s’imposaient. Il est même vraisemblable qu’ils soient prêts à consentir bien plus d’efforts que ce que les décideurs ne leur imposent aujourd’hui, dès lors que cela donne de la visibilité et de la cohérence pour l’avenir. Et que le partage des efforts soit équitable,

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