Twitter, Facebook et la société numérique et l'urgence d’organiser un espace public dématérialisé

Quelles rôles pour Passerelles et pour Solon face à "l'urgence d'organiser un espace public dématérialisé" dans cette "société numérique en devenir" ?

Extraits :

"Nous voilà contraints à donner à des plateformes, dont la fonction est l’interactivité technique et dont la finalité est l’accumulation de profits, la responsabilité d’arbitrer nos relations humaines et sociales. En quoi cela pose-t-il problème ? C’est que ces plateformes, même si elles en ont toutes les apparences, ne sont pas conçues comme des lieux publics.

Or, c’est précisément dans les lieux publics — dans les parcs, les bibliothèques, les rues, les écoles — que l’on apprend à vivre ensemble."

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Nous devons aujourd’hui composer avec le territoire numérique. Les règles de distanciation sociale vécues depuis le début de la pandémie ne font que confirmer l’urgence d’organiser un espace public dématérialisé. Mais ce n’est pas aux entreprises technos, centralisatrices et mues par des intérêts marchands, d’organiser le lien social. C’est aux citoyens, aux institutions civiques et aux gouvernements d’y réfléchir.

Au Canada et au Québec, nous devrions profiter du fait que plusieurs mesures et projets de loi concernant les « géants du numérique » ont été déposés, ou sont en gestation, pour s’assurer qu’une partie des sommes qui seront récoltées auprès de ces acteurs (sous forme de taxes, de redevances ou d’impôts) puisse être investie dans la mise en place d’infrastructures publiques dans l’espace en ligne. Il faut soutenir des initiatives locales qui visent à concevoir l’équivalent numérique de nos parcs et de nos ruelles de quartier."

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Bertrand Fouss 28 janvier 2021 à 10:51

Je suis d'accord et inspiré par tout cela. Je pense toutefois qu'une de nos forces est et devrait continuer à être de relier concrètement les places publiques physiques et numériques. Cela me terrorise de voir la vitesse et la diversité avec laquelle les géants du numérique parviennent à nous cantonner chez nous (plus de cinéma, plus de magasin, plus de lieu de travail...). J'entends qu'ils militeraient même déjà pour faire la prison à la maison. Cela va peser sur la réalité démocratique et pour moi cela appelle autant à une lutte pour recréer des endroits physiques collectifs qu'à celle de se réapproprier les espaces numériques. Je suis heureux de voir que de plus en plus de personnes relient les enjeux, notamment climatiques et numériques. Je me dis qu'il faut continuer dans cette voie. D'un autre côté, je suis par moment un peu découragé face à l'ampleur de la tâche et des verrouillages institutionnels et culturels auxquels nous faisons face. Après 5 ans d'engagement dans Coop Carbone et, surtout, Solon, je me pose beaucoup de questions tactiques et je serai très heureux de pouvoir en jaser!

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Émilien Gruet 28 janvier 2021 à 10:15

Merci Jerry pour ces réflexions. Solon, on s'en parle bientôt!

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Jerry Espada 22 janvier 2021 à 13:43

« Nous entrons dans un isolement où nous confondons la connexion avec le lien » François Saltiel (France) journaliste spécialiste des réseaux sociaux
https://reporterre.net/Nous-entrons-dans-un-isolement-ou-nous-confondons...

Les nouvelles technologies mettent les gens à distance les uns des autres et ça conforte le modèle économique des Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) qui vivent de notre temps d’attention. Plus on passe du temps devant un écran, mieux ils se portent.

Le "sans contact" est devenu le maître mot, il a pénétré dans des bastions qui étaient jusque là préservés, je pense notamment à l’enseignement.

Quand on s’intéresse au projet des fondateurs des Gafam, on s’aperçoit qu’ils ont une philosophie de l’individualisme à tout crin. Mettre la réalité à distance est pour eux un projet de société.

Les premières entreprises qui ont proposé le télétravail à vie sont les Twitter, Facebook, Microsoft. Elles n’ont pas du tout la culture des syndicats, et, d’ailleurs, le patron d’Amazon, Jeff Bezos, a dit qu’il ne comprenait pas l’intérêt des syndicats. Il s’agit d’isoler pour mieux régner.

Il y a aussi une énorme fracture sur l’usage du numérique. Mais il s’adresse aussi aux personnes âgées. Je pense notamment à l’application Memory Lane, une sorte d’assistant vocal, une intelligence artificielle qui va converser avec la personne âgée, simuler une relation humaine, une conversation. Or, on sait que le cerveau humain a des failles et qu’il a envie de croire qu’il s’agit d’une vraie personne en face. Assez vite, on oublie presque que c’est un robot.

La question est : que va-t-on garder de tout cela ?

Dans certains domaines, il n’y aura peut-être pas de retour en arrière. Par exemple, pour le cinéma, les films vont désormais sortir en même temps sur les plateformes en ligne et dans les salles.

Je pense aussi qu’on laissera les vieux, mais aussi les enfants, avec les machines, pour leur apprendre à dire merci, réciter les tables de multiplication, raconter des histoires. C’est le paroxysme du sans contact.

Ce qui est aussi paradoxal, c’est que les réseaux sociaux sont aussi un moyen de créer du contre-pouvoir. On l’a vu avec le mouvement Black Lives Matter en 2020 ou le Printemps arabe en 2011. Mais il faut savoir passer du virtuel au réel.

Je vois une similarité entre la lutte contre le changement climatique et notre asservissement aux nouvelles technologies : tout cela est tellement gros que ça nous dépasse, la tâche est tellement gigantesque qu’on a l’impression qu’on n’y arrivera pas. La différence est que la conscience écologique se développe, alors que l’on est en retard dans la prise de conscience des risques du numérique.

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Gabrielle van Durme 18 janvier 2021 à 14:02

Oui, 1000 x oui ! Mais quand ? Comment ? ...

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Joël Nadeau 18 janvier 2021 à 10:59

Je pense que c'est une question centrale pour le futur de Passerelles : outiller et accompagner les réseaux pour faciliter la création d'espaces qui permettent de "passer d’une architecture technologique centrée sur l’utilisateur vers une autre qui serait centrée sur la personne."

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Jerry Espada 16 janvier 2021 à 9:28

Nul doute que l’avenir est là : des lieux numériques publics (biens communs) facilement accessibles, sécuritaires et interconnectés.

 

Commentaires

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