Analyses concernant la réforme du système de santé promise par Québec

Photo: Johnny Greig Getty Images

Québec promet une vaste réforme du système de santé (Par Marie-Ève Cousineau du Devoir)

  • État du réseau de santé
    • Un réseau fragilisé par la pandémie
    • Un réseau confronté à plusieurs enjeux
      • pénurie de personnel
      • vieillissement de la population
      • accès aux données
  • Objectifs du plan
    • Que tous·tes aient accès à des médecins et professionnel·les de la santé: "tous les Québécois doivent avoir accès « à un médecin de famille ou à un professionnel de la santé » et pouvoir « bénéficier d’une véritable prise en charge, au sein des groupes de médecine familiale, pour des consultations dans des délais raisonnables ».
    • Mise en place de "délais adaptés" selon la condition du patient": "Le délai de 36 heures pour obtenir une consultation auprès d’une équipe de soins ne semble plus être la cible ultime du gouvernement." (...) le délai d'accès sera "basé sur l’état ou la condition du patient"​
  • Approches préconisées
    • Réduire la liste d'attente des patient·es sans médecin de famille via le guichet d'accès à la première ligne: "Quelque 945 000 Québécois figurent sur la liste d’attente du guichet d’accès à un médecin de famille. En point de presse, le ministre Christian Dubé s’est engagé à ce que, d’ici la fin de l’été, plus de la moitié d’entre eux puissent obtenir des soins grâce à un guichet d’accès à la première ligne. Une telle initiative est déjà en place au Bas-Saint-Laurent."
    • Négocier une plus grande prise en charge de patient·es par les médecins omnipraticiens: "Parallèlement, le ministre de la Santé dit négocier actuellement avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec afin que ses membres prennent davantage en charge de patients."
    • Favoriser une meilleure gestion des horaires des médecins: Il veut aussi s’attaquer à la rémunération des médecins de famille et, comme l’indique le plan, favoriser « une meilleure gestion des horaires des médecins »
    • Miser sur l'interdisciplinarité et attirer les jeunes en médecine omnipraticienne
  • ​Approches pour contrer la pénurie de personnel
    • ​Améliorer les conditions de travail des professionnel·les de la santé
    • Mettre en place l'autogestion des horaires dans chaque établissement
    • Éliminer le temps supplémentaire obligatoire de la gestion courante
    • Réduire le recours à des agences privées de placement de personnel
    • Augmenter le recours à des cliniques privées et spécialisées pour les chirurgies d'un jour
    • Moderniser le cadre législatif de l'accès aux données

 

La pénurie d’infirmières est un problème d’expertise et non de nombre (par Kathleen Lechasseur dans Le Devoir)

  • Il ne manque pas d'infirmières au Québec: "Le Québec n’a jamais compté autant d’infirmières et se compare avantageusement aux autres provinces canadiennes. Le nombre d’infirmières pour 100 000 habitants en soins directs était de 762 en 2021 au Québec, contre une moyenne canadienne de 662 en 2020."
  • Il manque d'infirmières formées à l'université: "Notre système de santé manque d’infirmières formées à l’université, dans les hôpitaux et les CHSLD, pour les soins ambulatoires et les soins à domicile, pour les soins critiques, la prévention des infections et les autres soins plus spécialisés.
  • La recommendantion: faire du BAC l'unique porte d'entrée dans la profession d'infirmière: "Le Rapport des commissaires sur les États généraux de la profession infirmière 2021 recommande de faire du baccalauréat le seul diplôme donnant accès à un permis d’exercice de la profession infirmière au Québec dans un horizon de cinq ans."
    • En conservant deux parcours: "soit la formation initiale en sciences infirmières à l’université (BAC) et le programme intégré DEC-BAC"
  • Des bénéfices tangibles
    • Réduction du risque de mortalité
    • Réduction de la durée d'un séjour
    • Une offre de santé équilibrée qui ne repose plus seulement sur les médecins

 

Des cibles ambitieuses pour réduire le recours aux agences privées en santé (par Marie-Ève Cousineau du Devoir)

  • Des objectifs de réduction mis en péril par la pandémie: "Dans un courriel, l’organisation souligne que la vague Omicron « a ralenti [sa] capacité à mettre en avant [son] plan de réduction du recours à la main-d’œuvre indépendante »."
  • Un processus accéléré pour recruter du personnel provenant des agences: "« L’accalmie actuelle nous permet d’investir encore plus d’énergie dans le recrutement du personnel, poursuit-on. Les gestionnaires ont été conviés à solliciter le personnel d’agence qui travaille dans leur service à [se] joindre [aux] équipes du CIUSSS. » Un « processus de recrutement accéléré » a permis l’embauche d’une quinzaine de personnes provenant d’agences."
  • Un transfert, vers les agences, des quarts de travail défavorables : "Beaucoup [d'infirmières d'agence] ont toutefois été transférées sur des quarts défavorables (soir et nuit), comme le demandait Québec. « Je l’ai constaté à l’urgence de l’hôpital Notre-Dame et à la Direction de santé mentale et dépendance », précise Denis Joubert.
  • Des agences qui ne sont pas soumises au temps supplémentaire obligatoire: "Le Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires de Laval (CSQ) déplore que la main-d’œuvre indépendante ne soit pas soumise au temps supplémentaire obligatoire (TSO)."
  • Des cibles de réduction peu réalistes: "Selon le Syndicat des professionnelles en soins de santé du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, affilié à la FIQ, l’atteinte de la cible de 2,07 % d’ici un an est peu réaliste. « On est en pénurie d’infirmières, dit son président par intérim, Denis Joubert. Il en manque partout, même avec [la présence de] la main-d’œuvre indépendante. »" 

La progression du secteur privé en santé au Québec (par l'IRIS)

  • Analyse socioéconomique (par Guillaume Hébert)
    • "Avant de peser les arguments favorables ou défavorables à une présence accrue ou moindre du secteur privé dans la prestation des services de santé, il faut dresser un portrait clair de la situation actuelle et des tendances. C’est ce qu’entend faire cette fiche socioéconomique.
    • Le secteur privé connaît une forte progression en santé au Québec depuis une quarantaine d’années: Entre 1979 et 2019, la part du financement privé en santé a crû de 52,6 %. Lorsque mesurée en nombre d’emplois, la part de la prestation privée de services a quant à elle augmenté de 31,2 % entre 1988 et 2019.
    • Les dépenses privées en santé sont plus élevées qu'en 1981: À 15,3 milliards de dollars en 2019, les dépenses privées en santé étaient 7,5 milliards plus élevées que si leur proportion du PIB était toujours celle qui prévalait en 1981.
    • Les primes moyennes versées aux assureurs privés par les ménages québécois ont presque doublé entre 2010 et 2019, passant de 613 à 1 144 $ (+ 86,6 %)."
    • Voir l'analyse détaillée
  • Les laboratoires d’analyse médicale (par Myriam Lavoie-Moore)

    • "Alors que le réseau public de santé ne parvient pas à fournir les services essentiels à la population, comment expliquer que des entreprises privées jusqu’alors peu visibles soient quant à elles en mesure de combler ces insuffisances ?

    • Cette fiche esquisse un portrait de l’industrie du laboratoire biomédical, qui, depuis quelques années déjà, tire profit de l’accessibilité limitée aux services publics.

    • L’industrie du laboratoire médical au Québec se caractérise par la concentration: En effet, deux entreprises seulement, dont la filiale d’une firme étatsunienne, se partagent la plus grande part du marché.
    • Les Québécois·es recourent largement aux services privés de laboratoire médical et en assument les frais, bien que ces services soient couverts par le régime public. Cette industrie tire son épingle du jeu en offrant des services aux côtés des GMF et en profitant de l’offre insuffisante dans le système public.
    • Des prescriptions qui encouragent les laboratoires privés: La prescription d’un nombre élevé d’examens de laboratoire biomédical non pertinents contribue à la hausse du recours aux laboratoires privés.
    • Voir l'analyse détaillée
  • 2 autres fiches à venir au printemps 2022

 

Les agences de placement comme vecteurs centraux de la privatisation des services de soutien à domicile (par Anne Plourde de l'IRIS)

  • "la pandémie de COVID-19 a mis en lumière
    • les effets pervers du recours aux agences de placement de personnel 
      • roulement de personnel,
      • détérioration de la qualité des services,
      • explosion des coûts et tarification abusive,
      • conflits d’intérêts (ex. : propriétaires d’agences détenant des postes de cadre dans le réseau),
      • iniquités dans les conditions de travail et salariales,
      • déstabilisation des équipes de travail, etc.
  • le nombre de décès des personnes âgées en hébergement longue durée a mis en lumière
    • le besoin de recentrer l'offre sur les services de soutien à domicile
  • au croisement de ces deux tendances on observe
    • une industrie en plein développement, celles des agences de placement en services à domicile
  • ​Faits saillants
    • "​​Le secteur de la santé et des services sociaux est un marché majeur pour l’industrie des agences de placement: les dépenses en location de main-d’œuvre des établis­sements publics du réseau ayant représenté l’équivalent de 28,9 % des revenus totaux de cette industrie en 2020.
    • Les services d’aide à domicile sont un des secteurs du réseau de la santé et des services sociaux où la dépendance structurelle à l’égard des agences de placement est la plus forte : en 2019-2020, ce sont 27,9 % des heures travaillées en aide à domicile qui ont été assurées par de la main-d’œuvre indépendante, contre 2,9 % dans l’ensemble du réseau.
    • Le coût horaire de la main-d’œuvre indépendante augmente beaucoup plus rapidement que celui des employées du réseau dans les services de soutien à domicile, avec pour résultat que l’avantage financier d’y avoir recours a diminué de 60 % entre 2015-2016
      et 2020-2021.
    • Le taux de recours à la main-d’œuvre indépendante pour la prestation de l’aide à domicile varie grandement d’une région et d’un établissement à l’autre, passant de 0 % des heures travaillées dans certains établissements à plus de 70 % dans certains autres.
    • Ce sont avant tout des choix politiques et gestionnaires, et non la supposée pénurie de personnel en santé et services sociaux, qui expliquent le recours à la main-d’œuvre indépendante en services de soutien à domicile."

Commentaires

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