Le tournant personnel du capitalisme : la leçon du coaching

Par AOC | "En appelant les cadres à devenir acteur de leur propre vie professionnelle, déplaçant le curseur de la responsabilité des entreprises aux individus, le coaching apparaît autant comme symptôme que comme moteur d’un tournant personnel du capitalisme. Là serait l’avenir du travail et la voie de l’épanouissement : les sciences sociales nous montrent pourtant qu’il y a derrière ce marché de nouvelles formes de subordination économique."

"Porteur de ces orientations depuis une vingtaine d’années, le coaching, dispositif d’« accompagnement de personnes visant le développement de leurs potentiels dans le cadre d’objectifs professionnels », est devenu incontournable, en témoigne sa présence significative au salon dédié à la santé, à la sécurité et à la qualité de vie au travail, à celui consacré au travail et à la mobilité professionnelle, ou encore au salon des masters et mastères spécialisés, qui se sont tenus à Paris ces derniers mois. Que nous apprennent cette pratique et sa relative institutionnalisation sur les transformations et l’avenir du travail ? Le coaching est-il le signe d’une humanisation du capitalisme comme l’affirment ses promoteurs ou bien le vecteur d’une instrumentalisation de la subjectivité comme le dénoncent ses contempteurs ?"

En bref

  • Les cadres doivent devenir des managers-coach qui mobilisent plutôt que dirigent
    • " il ne s’agit plus de diriger par le statut (« je suis le chef donc tu m’obéis »), ce qui briderait l’initiative et la créativité, mais de mobiliser par le sens et la relation (« tu me suis car tu es inspiré par la direction que je propose »)"
  • Le coaching des cadres légitimise une forme de marchandisation du care
    • "Cette marchandisation du care s’exprime dans le genre ambivalent du coaching, qui mêle des valeurs réputées féminines comme l’accompagnement, la relation d’aide, l’écoute, à des valeurs réputées masculines de compétition, de sport, de proactivité et de réussite économique."
  • Le coaching contribue à sauver les apparences libérales du marché du travail
    • Le coaching fait reposer les difficultés sur les cadres plutôt que sur l'organisation
      • "le coaching tend à reporter sur (les cadres), en tant que personne, la responsabilité des difficultés professionnelles et de leur bonne résolution. Les problèmes de travail, de relation d’encadrement, de temporalité ou encore de carrière sont imputés à la personnalité du cadre, qui manquerait de savoir-être, masquant leurs dimensions productives et organisationnelles."
    • Le coaching remplit une fonction palliative
      • "Derrière le mandat du savoir-être, le coaching remplit donc une fonction palliative : le coach écoute le cadre exprimer son insatisfaction et l’aide à « rebondir », c’est-à-dire à trouver une issue, souvent temporaire, à une situation bloquée (...) (le cadre est ainsi) érigé en nouveau régulateur des tensions au travail. Avec le risque supplémentaire que, face à des difficultés structurelles persistantes, l’individu ne se considère pas à la hauteur de ces attentes, entretenant un phénomène qualifié de burnout."
    • Le coaching institue l'individu en régulateur de tension
      • "Le coaching s’inscrit en effet dans un ensemble plus large de discours et de pratiques qui instituent l’individu, dans différents champs de la vie sociale (travail et entreprise, mais aussi santé, État social, etc.), en régulateur des tensions et en acteur, voire en entrepreneur de sa propre existence."

Pour aller plus loin

Commentaires

Pour consulter les commentaires ou pour commenter cette publication, vous devez vous connecter sur Passerelles ou vous inscrire.